Dette souveraine grecque
Une bonne affaire?
Soutien. La dégradation du rating de la dette grecque par Fitch inquiète, mais la solidarité est postulée au sein de l’UEM.
«Il n’y a pas de repas gratuit!» affirme un adage bien connu en économie. En clair: tout finit par se payer. A défaut de repas totalement gratuit, les pays les plus endettés de l’Union européenne (UE) ont bénéficié pendant des années d’une nourriture très bon marché. Mais la note pourrait leur être présentée sous peu...
Les rémunérations exigées par les investisseurs pour acheter de la dette publique grecque ont longtemps été à peine plus élevées que celles demandées pour des obligations d’Etat allemandes, considérées comme les plus sûres de la zone euro. Et pour cause: la possibilité de défaut d’un pays de l’UE était, jusqu’à cette crise, considérée comme une hypothèse farfelue: les critères de Maastricht obligeant chaque pays participant à l’euro à agir pour ramener tendanciellement sa dette publique en deçà de 60% du PIB. Impossible donc, en théorie, de voir une dette souveraine européenne atteindre 200% du PIB, comme c’est le cas au Japon. En outre, le scénario de sortie de l’euro de l’un des pays de l’Union monétaire n’était, et n’est toujours, pas jugé crédible. Comment seraient traitées les dettes publiques et privées dudit pays qui sont toutes libellées en euros? Enfin, la solidarité de tous les membres de la zone euro, en cas de difficultés financières aiguës de l’un d’entre eux, était postulée acquise. D’où la longue période de convergence des taux d’intérêts sur les titres d’Etats émis dans la zone euro;,alors même que le marché de la dette souveraine en euros est très loin d’être homogène avec 16 pays émetteurs ayant des situations économiques et budgétaires fort différentes.
La donne a changé avec la violence de la crise qui a fait exploser les dettes publiques d’Etats déjà lourdement endettés. L’atteinte de l’objectif – qui apparaît de plus en plus théorique – d’une dette publique inférieure à 60% du PIB suppose désormais des années d’efforts. Pour la Grèce, «une réduction régulière du déficit public de l’ordre de 1% du PIB par an» ne permettrait même pas «d’arrêter la spirale haussière de la dette à l’horizon de 2020», ont calculé les analystes du Crédit Agricole dans le dernier Perspectives Hebdo. D’où la réaction des agences de notation, soucieuses de se refaire une crédibilité en dégradant la note de pays trop dépensiers, tout en se gardant de se pencher sur le cas des Etats-Unis ou de la Grande-Bretagne. Fitch a donc ramené de A- à BBB+ la note de la dette souveraine grecque.
Risque bien rémunéré. Faut-il pour autant fuir les obligations gouvernementales helléniques dont le spread avec leurs homologues allemandes a bondi, pour afficher désormais une différence de taux d’intérêt de 2,5% pour les titres à 10 ans? Ce n’est pas l’avis de Philippe-Henri Burlisson, directeur de la gestion de taux de Groupama Asset Management. S’exprimant sur un des blogs des Echos, il ne nie pas le risque d’un tel investissement, mais relève qu’il est bien rémunéré. Miser pour un temps sur la dette publique grecque pourrait donc être un pari rentable.
LE MARCHÉ DE LA DETTE SOUVERAINE EN EUROS EST TRÈS LOIN D’ÊTRE HOMOGÈNE AVEC 16 PAYS ÉMETTEURS.
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