Les caresses dans le dos font toujours plaisir. Evidemment, il arrive que la main flatteuse ne soit pas très propre. On est alors bien embêté.
Ce qui dérange le plus les partisans de l’ouverture, c’est que d’autres compliments, plus mérités à leurs yeux, tardent à venir.
Ces temps-ci, les compliments déferlent. Marine Le Pen répand son admiration pour les Suisses «qui ne s’embarrassent pas de leçons de morale», pour le droit d’initiative qu’elle interprète (à raison?) comme un instrument de défiance face à une «classe politique» honnie… à laquelle elle appartient pourtant.
On attend avec impatience la visite que cette blonde aux idées brunes ne manquera pas de rendre à son nouvel ami Oskar Freysinger. Ce sera photogénique.
Moins connu, un certain René Stadtkewitz tente de fonder un nouveau parti en Allemagne, «Die Freiheit». Ce Berlinois de l’Est ne supporte pas qu’une mosquée ait pris place dans le quartier de son enfance, ethniquement pur au temps du communisme.
Il a deux repères dans la vie. Le Hollandais Geert Wilders, champion du combat anti-islamique et star électorale. Mais son rêve, c’est la Suisse! «(…) avec juste moins de montagnes, résume le Spiegel.
Sinon, réglementation stricte de l’immigration, expulsions facilitées, interdiction des minarets, démocratie directe, critique à l’égard de l’UE, chrétienne et occidentale, avec peu de musulmans, patriotique, éloignée de l’Etat, sûre et riche(…)».
Plus sérieuse, la directrice berlinoise d’un institut économique allemand*, Karen Horn, étale son penchant helvétique dans la NZZ am Sonntag. Pour elle, notre pays doit rester un «contremodèle culturel» face aux «détestables mécanismes» de l’Europe unie, une épine bienvenue dans la chair du Moloch bruxellois!
A ses yeux, la Suisse est «libre, indépendante et sûre d’elle». N’allons pas lui expliquer la satellisation rampante d’un Etat non membre qui applique les normes fixées par d’autres. L’amour rend sourd aux objections. Surtout lorsqu’il renvoie à la détestation du projet inverse.
Du coup, son supérieur, Michael Hüther, s’est aussitôt fendu d’une réponse europhile. Un plaidoyer pour l’euro, plus solide qu’on ne le dit. Pour les fonds de cohésion qui ont permis aux régions pauvres de se développer. Pour une autorité de surveillance des budgets nationaux… qui a manqué à la République fédérale allemande confrontée aux débâcles financières de certains Länder.
La Suisse a aussi ses admirateurs… en Afrique. Le ministre des Affaires étrangères de Ben Ali, Kamel Morjane, aujourd’hui recyclé dans le gouvernement provisoire de Tunisie, est plein d’espoir: il souhaite que son pays devienne «la Suisse d’Afrique du Nord»! L’intention est admirable, ne le renvoyons pas à un célèbre précédent: la Suisse du Moyen-Orient que voulait être le Liban a plutôt mal tourné.
La plupart de ces fleurs ont une odeur plus que douteuse. Elle ne plaît guère aux habitants de ce pays – les étrangers qui y travaillent ont aussi droit à leur opinion, n’estce pas? – qu’offusque la logorrhée du parti nationaliste et xénophobe.
Mais ce qui dérange le plus les partisans de l’ouverture, c’est que d’autres compliments, plus mérités à leurs yeux, tardent à venir. Cela nous réjouirait le coeur d’entendre les Européens de l’Est, victimes encore de tant de divisions fratricides, rendre hommage à une Suisse qui se débrouille plutôt bien dans le ménage commun de cultures différentes.
Ce serait agréable de voir les Français reconnaître que le déclin industriel n’est pas forcément lié aux salaires prétendument trop élevés, comme ils en sont tous persuadés, à gauche comme à droite: par son succès en ce domaine, la Suisse apporte la preuve du contraire. Nos voisins pourraient aussi nous rendre justice au chapitre de l’immigration: la proportion d’étrangers est ici la plus élevée d’Europe (après le Luxembourg) et pour qui garde la tête froide, il faut bien dire que les réussites de l’intégration sont plus frappantes que ses déboires.
Rouler les mécaniques n’est pas de bonne politique. Mais rappeler que ce pays a souvent trouvé de bonnes réponses aux problèmes qui se posent à tous n’est pas immodeste. Laisser réduire son image aux coups d’éclats des passéistes effarouchés, c’est en revanche égarer nos amis d’outre-frontière.
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