Une brouille pas si grave
| Fulvio Pelli a réussi un coup magistral. Trois jours après l’assemblée où les délégués se sont déchirés sur la stratégie dite «de l’argent propre», le Parti libéral-radical fait la une du Tages-Anzeiger et du Blick ce mardi avec des titres qui clament à quel point il prend ses distances avec la pratique des bonus distribués à des banquiers tragiquement éloignés des réalités. Bravo. Oyez bonnes gens, le PLR est bien le parti le plus proche de l’économie (aussi bien financière qu’industrielle), mais il n’a pas vocation à défendre les excès et à justifier les comportements déviants et irresponsables. A dix-huit mois des élections fédérales, l’honneur est sauf. Le filz, ces liens d’intérêts entre politiciens libéraux-radicaux et les milieux d’affaires, est rompu. Il n’exclut pas les critiques et la prise de distance. Ce roman sera parfait quand Kaspar Villiger aura déposé une plainte civile contre Marcel Ospel pour sa gestion imprudente d’UBS. Mais revenons à l’assemblée du PLR. Les délégués s’y sont affrontés avec une rare violence verbale. Au premier coup d’oeil, ces divisions très médiatisées font désordre. Il faut plutôt souligner que le PLR est le seul à avoir le courage de mener un tel débat. L’UDC serait bien incapable de laver le linge sale de ses options économiques: comment pourrait-elle surmonter le grand écart entre sa base agrarienne et populaire, au train de vie modeste, et le milliardaire Christoph Blocher, meilleur ami d’Ospel et d’Ebner, le financier qui instilla à la place financière zurichoise le virus des gains aussi faramineux que rocambolesques? La brouille entre libéraux-radicaux romands et alémaniques sur l’opportunité d’exiger une déclaration de probité fiscale des déposants étrangers ne doit pas être surestimée. Nombre de Zurichois (et même la cheffe du groupe aux Chambres, l’Uranaise Gabi Huber) ont rejeté ce gadget puéril aux côtés des Genevois. Pas de röstigraben. On a juste mesuré samedi à quel point le Parti libéral à Genève est historiquement celui de la place financière. Et à quel point le PLR, dans son ensemble, est celui des entrepreneurs. Surtout, l’autodéclaration ne sera jamais qu’une arme à disposition des diplomates chargés de négocier avec l’Union européenne et surtout d’éviter l’échange automatique d’informations. Et sur ce point tout le PLR est uni: il veut éviter toute intrusion mécanique des autorités fiscales étrangères dans les banques suisses. Mais sur cet enjeu crucial, le dernier mot reviendra à l’UE. Quelle que soit la quantité de vaisselle cassée au sein du PLR.
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