Au milieu des 4x4, qui reviennent en force (lire L’Hebdo du 24 février 2011), les visiteurs du Salon de l’auto pourront découvrir un étonnant véhicule en forme de cigare. L’antithèse des grosses cylindrées.
La Biomobile est minuscule, légère et peu gourmande puisqu’elle ne consomme que 0,1 litre aux cent. Elle est surtout véritablement «verte»: elle roule à la bioessence issue de déchets et sa carrosserie est faite de fibres végétales.
C’est là que réside la principale innovation de la nouvelle Biomobile, conçue par des étudiants et des enseignants de l’Hepia (Haute Ecole du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève) sous la houlette de Michel Perraudin. «A ma connaissance, c’est une première mondiale», précise celui-ci.
La voiture expérimentale a considérablement évolué, depuis le lancement du projet en 2005. Mais jusqu’ici, sa carrosserie était toujours en fibres de carbone enrobées de résine, dont la fabrication est énergivore en combustibles fossiles. C’en est pratiquement fini aujourd’hui.
A l’exception du châssis, la carrosserie est entièrement végétale. Des fibres de bananier, choisies «pour leur aspect esthétique et leur légèreté», pour la partie supérieure. Des fibres de cellulose pour le bas de caisse et des fibres de lin, présentant une bonne résistance mécanique, pour l’arceau de sécurité et autres «endroits stratégiques».
Toutes emprisonnent une âme réalisée avec du papier ou du liège, l’ensemble étant lié par une résine à base de pin. Neutralité écologique oblige, le procédé de production des fibres passe par des traitements mécaniques, et non chimiques.
La mise en œuvre de ces nouveaux matériaux par l’entreprise Maquette 74 à Annecy, en collaboration avec l’IUT de Saint-Brieuc, en Bretagne, a posé un certain nombre de problèmes techniques. Normal, lorsque l’on essuie les feuilles. Les difficultés ont cependant été surmontées et la Biomobile peut s’exposer à Palexpo.
Déchets végétaux. Les visiteurs qui avaient déjà vu les précédentes versions de l’engin lors de salons de l’auto ou sur la piste de l’Eco-Marathon Shell (lire L’Hebdo du 20 octobre 2009), ne seront pas dépaysés. La Biomobile nouvelle formule ressemble à ses prédécesseurs. «C’est une question de signature et l’on ne change pas une formule qui gagne», dit Michel Perraudin.
Certes, ce nouveau modèle a juste été coloré «afin que les fibres soient visibles», et il a été notamment doté de nouvelles jantes spécialement élaborées par la firme Mavic.
Mais la Biomobile est toujours aussi petite – environ 3 mètres de long, 50 centimètres de large et de haut – et légère. Quant à son moteur de débroussailleuse, il est toujours alimenté par de la bioessence produite par Biocarb Technologie à partir de déchets végétaux.
Expérimentale, la Biomobile est avant tout un «instrument de développement» selon son concepteur. Elle n’a donc pas la prétention de «préfigurer les voitures de demain», mais sert d’accélérateur pour l’innovation.
Les technologies mises au point pour sa réalisation, et notamment les matériaux à base de fibres végétales, pourraient ainsi être un jour utilisées pour construire la coque de bateaux ou pour fabriquer «divers objets faits actuellement de fibres de carbone ou de verre».
Michel Perraudin ne souhaite pas en rester là. Jamais à court d’idées et disposant des financements nécessaires grâce aux nombreux sponsors du projet – au premier rang desquels figure la section genevoise du TCS – il songe déjà à remplacer le châssis en carbone par un modèle en fibres végétales.
Parallèlement, il travaille avec Biocarb Technologie à la mise au point d’un biokérosène, issu de la filière bioessence et qui pourrait alimenter «des engins volants». On en saura plus en avril prochain, lorsqu’il sera présenté au salon suisse des énergies renouvelables, Energissima.
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