Qu’est-ce qu’une bonne photographie aujourd’hui? Ou plutôt: qu’est-ce qu’une photographie pertinente? Peutêtre une image qui rend compte de son époque tout en portant la marque de son auteur. Cette dialectique du document et du style, du dehors et du dedans, s’incarne à tout le moins dans la photographie chinoise contemporaine, telle qu’elle s’est récemment déployée au festival de Lianzhou, dans le sud profond du pays. Cette ville de même pas un demi-million d’habitants, autant dire une naine à l’échelle de la nation, accueille chaque année un rendez-vous photographique international, avec une forte majorité de créateurs chinois.
De la fin novembre au début décembre derniers, le festival de Lianzhou montrait les travaux de plusieurs dizaines de photographes, la plupart jeunes. A priori, leurs préoccupations et moyens d’expression sont à l’unisson de ceux de leurs pairs occidentaux. L’urbanisme, le consumérisme, la rue, le paysage, la destruction de l’environnement, le portrait, l’identité, l’intimité, l’alcool, la drogue, la solitude, les amours hétéro-homo-trans-genres, le troisième comme le premier âge, le bonheur comme le malheur de vivre.
Des photos à la chambre grand format, au moyen format, en petit format, à l’ar gentique ou en numérique, au collodion comme à l’iPhone, en couleur ou en noir et blanc, avec ou sans logiciel de retouche. A cette aune-là, rien ne distingue la photo chinoise de l’américaine ou de l’espagnole. Ce qui, pour reprendre notre proposition de départ, est parfait pour se faire une petite idée de la société chinoise en 2011
Il n’empêche: par leur répétition au fil des expositions, des thèmes apparaissent comme spécifiques au pays et à son 1,35 milliard d’habitants. A l’exemple de la destruction des logements traditionnels au profit des immenses tours d’habitation, les unes au premier plan, les autres à l’arrière-plan. Ou, variations sur le même thème, les armées embrumées des gratte-ciel au bord des fleuves immenses, les expropriations, les étudiants paumés dans les mégacités universitaires, le contraste absolu des villages en bois des ethnies ancestrales, dans la montagne.
Autre ambivalence chinoise, celle qui va de la poésie la plus délicate à l’imagerie la plus kitsch, les deux arrivant parfois, par on ne sait quel miracle, à se mélanger. Et enfin, et surtout, cette prudence de loup par rapport à l’histoire, à l’autorité, à la dissidence, autant d’enjeux qui peuvent donner des verges pour se faire battre. Là aussi, cette photographie est à nulle autre pareille.
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