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Prix excellence
Une collaboration exemplaire entre blouses blanches et uniformes

Par Michel Guillaume - Mis en ligne le 17.11.2010 à 11:27

PRIX EXCELLENCE. Un projet unique en Suisse de partenariat entre la police et le milieu des soins figure parmi les finalistes pour l’attribution du concours Excellence dans les services publics, organisé par l’IDHEAP.

Un policier qui enfile une blouse blanche au service des urgences du CHUV. Un infirmier qui passe trois jours et nuits au sein d’une patrouille de Police-Secours. Cela fait désormais dix ans que la police lausannoise et le milieu médical ont entamé un partenariat unique en Suisse et probablement aussi en Europe.

«NOUS SOIGNANTS AVONS ÉTÉ TRÈS IMPRESSIONNÉS PAR LE TRAVAIL DE POLICE-SECOURS, QUI NE SE LIMITE PAS À SON CÔTÉ RÉPRESSIF, MAIS COMPORTE UNE GRANDE PART DE TRAVAIL SOCIAL.» Bertrand Yersin, responsable des urgences au CHUV

C’est un des 29 projets du concours organisé par l’Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP), dont les gagnants seront récompensés le 26 novembre prochain à Berne. Les policiers d’une part, les médecins et infirmiers d’autre part: c’était là deux mondes presque clos, séparés par un fossé apparemment infranchissable.

Les premiers sont tenus à leur secret de fonction et à leur devoir de dénonciation, les seconds à leur secret médical. Autant dire que les clichés étaient forts de part et d’autre. En caricaturant, c’était un peu «ces cons de flics» face à ces «empêcheurs d’enquêter en rond».

Jusqu’au moment où, en 1999, Philippe Quinche, alors médecin à l’hôpital psychiatrique de Cery, et le lieutenant-colonel Pierre-Alain Raemy, futur commandant de la police lausannoise, échangent leur soucis lors d’une rencontre informelle. A cette époque déjà, tous deux sont confrontés à une violence croissante de leurs «clients» dans le cadre de leurs activités.

Très vite, ils s’aperçoivent qu’ils appartiennent à la même chaîne de prise en charge du citoyenpatient. «Nous nous sommes découvert beaucoup plus de points communs que nous l’imaginions», témoigne Alain Gorka, officier de police à Lausanne, rattaché à la cellule de réforme policière vaudoise. «Nos deux corps de métiers sont urgentistes, confrontés 24 heures sur 24 à la même détresse humaine dans une tranche de population souvent marginalisée.»

Police et milieu des soins ne se contentent pas de mettre sur pied un «groupe de pilotage» pour mener une réflexion commune, mais instaurent des stages pratiques. C’est ainsi qu’en dix ans, plus de 350 policiers et soignants ont troqué leur bleu - ou blanc - de travail pour revêtir celui du partenaire.

«Nous, soignants, avons été très impressionnés par le travail de Police-Secours, qui ne se limite à son côté répressif, mais comporte une grande part de travail social», relève Bertrand Yersin, responsable des urgences au CHUV. «J’ai découvert des policiers faisant preuve d’un grand professionnalisme alors qu’ils sont l’objet d’insultes et de provocations permanentes», ajoute Darcy Christen, responsable des relations médias de ce même hôpital.

Regards changés. De l’avis quasi unanime des participants, ces stages ont complètement changé les regards portés sur l’autre profession, même s’il subsistera toujours de petites maladresses de part et d’autre.

Un cas de figure évoqué cette année par les deux institutions illustre les fruits portés par cette collaboration. Que se passeraitil si une adolescente arrive au CHUV pour y subir une interruption de grossesse à l’insu de ses parents et que ceux-ci, alarmés pas sa «disparition», contactent la police? Un refus d’informer du personnel soignant en vertu du secret médical serait inadéquat, obligeant la police à mobiliser plusieurs patrouilles, un chien de recherche, voire un hélicoptère.

Les deux parties ont donc décidé de communiquer entre elles: une procédure a été mise en place pour que la police puisse rassurer les parents sans dévoiler les faits ni trahir le secret médical. C’est ainsi qu’un vrai climat de confiance s’est établi au fil des ans entre les deux corps de métier. Alain Gorka s’en réjouit. «Une telle collaboration s’inscrit parfaitement dans notre concept de police de proximité axée sur de nombreux partenariats.»




Tags: IDHEAP, Services publics, CHUV,

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