| Ainsi rien ne change en Colombie ? A voir de pluus près. Juan Manuel Santos, l’ex-ministre de la défense du gouvernement Uribe, le héros de la libération d’Ingrid Betancourt, a été triomphalement élu à la tête de la république avec 9 millions de voix (69%), plus qu’en obtint jamais un président malgré une forte abstention. Plus d’un électeur sur deux est resté à la maison… à regarder le foot. L’événement marque une étape plutôt réjouissante dans l’histoire de ce pays hanté par la violence. La Colombie paraît enfin quelque peu apaisée. Au long de ses deux siècles d’existence, elle n’a cessé d’enchaîner de sanglantes guerres civiles. Entre libéraux et conservateurs. Entre l’armée et les mouvements armés d’extrême-gauche, les cartels de la drogue et les paramilitaires d’extrême-droite. En 1989, quatre candidats à l’élection présidentielle furent assassinés. En 2002, le jour où fut élu Alvaro Uribe une roquette avait même atteint le palais de Narino, siège du pouvoir. On n’en est plus là. Il faut se souvenir d’hier et avant-hier pour comprendre l’atmosphère de ce dernier dimanche. Certes, il y eut des morts: sept policiers et deux soldats tués par la guerilla, devenue une mouvance criminelle de trafiquants, repoussée vers les frontières, affaiblie. Pourtant la soirée électorale respirait le calme, le soulagement et la fierté: le jeu démocratique a été respecté. Sitôt connue la victoire de Santos, son rival, Antanas Mockus (28 % des suffrages) le félicita et annonça que son parti vert ne pratiquerait pas une opposition systématique mais veillerait à la juste application des lois, au bon usage des fonds publics, et surtout au respect des droits humains. Le vainqueur à son tour rendit un hommage au vaincu plus appuyé que ne l’exigent les convenances. Il proclame sur tous les tons sa volonté d’unir le pays. En signe d’ouverture, il a choisi comme vice-président Angelino Garzon, une grande figure de gauche, un syndicaliste qui siégea un temps à l’Organisation internationale du travail à Genève. En gage de changement, il entend se réconcilier avec les juges que son prédécesseur exécrait. Jamais les débats préélectoraux n’avaient été si dignes et retenus. Ce n’est pas banal en Amérique latine, où la course au pouvoir mène souvent aux pires caniveaux. Santos et Mockus ont en commun une réputation de probité, une excellente formation, et le refus des envolées rhétoriques chères aux « caudillos ». Mais tout les oppose dans leurs parcours personnels. L’élu était programmé dès le berceau pour devenir président. Son grand-oncle l’avait été. Sa famille est l’une des plus riches et puissantes du pays, elle possédait jusqu’à récemment le journal « El Tiempo ». Le jeune homme fit de bonnes études économiques à Harvard et à Londres. Il tâta aussi du journalisme, reçut même le prix du Roi d’Espagne pour un reportage sur le Nicaragua sandiniste. Ministre du commerce et des finances dans les gouvernements Gaviria et Pastrana avant de se rallier à Uribe, il s’est montré habile politicien, ondoyant jusqu’à l’opportunisme, dit-on. Cet économiste peu préparé aux questions militaires s’est fait connaître par son action à la tête de l’armée. Ce poste lui valut succès et célébrité mais de sérieux problèmes aussi. Le second mandat de Uribe fut terni par l’affaire des « faux positifs »: des soldats ont tué près de 1800 jeunes gens en les faisant passer pour des rebelles afin d’obtenir des primes. Santos a condamné ces crimes et fait punir 27 officiers, mais la tache reste. Autre héritage difficile: nombre de politiciens de son parti sont inculpés pour connivence avec les paramilitaires. Le nettoyage entrepris par la justice est loin d’être terminé. Comment ce grand bourgeois de Bogota – alors qu’à l’opposé Alvaro Uribe est un terrien qui goûte peu l’intelligentsia de la capitale – a-t-il pu convaincre les plus modestes de voter pour lui ? Johana, jeune femme noire des quartiers populaires de Cartagena, résume tout: « Antanas est sympathique mais trop mou. Il nous faut un homme à poigne. Les gens sont soulagés de pouvoir maintenant circuler dans le pays sans peur de se faire enlever, soulagés de voir la criminalité baisser. Santos continuera cette politique. Mais ce sera différent: il fréquente les clubs chics, joue au golf, c’est un autre genre d’homme… Je préférais Uribe. » Conscient de cette image, le nouveau président multiplie les promesses sociales. Ainsi il poursuivra le programme d’aide financière aux plus pauvres. » Car la Colombie, c’est peu connu, a imité le Brésil, où Lula a inventé le système des « bourses familiales » destinées avant tout à soulager les mères. Face à ce joueur de poker endurci, Antanas Mockus n’a pas fait le poids. Fils d’immigrés lithuaniens, mathématicien, ex-recteur de l’université, ex-maire de Bogota, il doit sa réputation à sa bonne gestion de la capitale. Et surtout à sa croisade contre la corruption. Cet intellectuel excentrique est un moraliste (« il y a en tout Colombien une aspiration à devenir meilleur »). Il a reconnu être atteint de la maladie de Parkinson: cette franchise ne l’a pas aidé. Dans les campagnes, il n’a guère trouvé d’écho. Il eut plus de succès dans les villes...et les médias. Maria Margarita, avocate d‘affaires à Bogota, a milité pour lui: « Nous avons tellement besoin d’une autre façon de faire la politique. Le parti vert bouscule la classe politique. Et ça, c’est réussi !». Seul reproche à son favori: il n’a pas su trouver d’alliés, ni au centre ni à gauche. Mais le thème qui a dominé la campagne, c’est la sécurité. Il a pratiquement éclipsé les défis économiques et sociaux. L’économie ? Elle est plus que prometteuse. Pas question ici de crise bancaire. L’inflation, ce mal sud-américain, est maîtrisée. Les exportations – agricoles mais aussi industrielles – progressent malgré la morosité internationale et le boycott du Venezuela. Des gisements de pétrole sont découverts. La croissance repart vivement. Les investisseurs affluent . Grâce à une meilleure sécurité (les enlèvements sont passés de mode !), la Colombie est sur le point de rejoindre le peloton des pays émergents prometteurs. Mais le chômage, la pauvreté, l’économie informelle (un travailleur sur deux) ne régressent pas pour autant. Plus de deux millions de personnes déplacées par les conflits attendent du secours. Trop peu aidés, les démobilisés de la rébellion errent sans perspective. Reste enfin le problème numéro un: la répartition des terres. D’immenses étendues sont accaparées par de grands propriétaires qui les exploitent peu et mal, volées par les trafiquants de drogue et les paramilitaires qui reconstituent leurs bandes, ou laissées en friche là où sévit la guerilla. L’Etat reprend pied peu à peu dans des territoires dont il fut longtemps absent. Mais comment y développer une agriculture juste et productive ? Comment détourner les paysans de la culture de la coca ? Un président issu de la grande bourgeoisie saura-t-il empoigner ces problèmes ? Il dit le vouloir. Et annonce qu’il distribuera deux millions d’hectares aux sans-terres, qu’il construira 2000 kilomètres de routes, qu’il créera 2,5 millions d’emplois. « Je vaincrai, promet-t-il, mes seuls ennemis: la pauvreté, la corruption, le terrorisme et le chômage.» Il faut beaucoup d’optimisme pour y croire. Mais les Colombiens, malgré tous leurs maux, n’en manquent pas: ils affichent, avec cette élection, une confiance en l’avenir que l’on aurait tort de sous-estimer. Ce pays n’a pas fini de bousculer nos idées reçues.
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| Réaction de exilie le 14.07.2010 à 13:07 | | C'est facile écrire un article, depuis Cartagena, la ville plus... C'est facile écrire un article, depuis Cartagena, la ville plus touristique de Colombie, mais la complexité du conflit colombien est caché par la superficialité de votre article, difficile à rédiger dans ce commentaire. mais il faut préciser que Santos était élu par le 30% de la population apte à voté, pas les 69% de voix comme a été dit ici, le 70% de la population resté à la maison pour voire le match, la suppose augmentation n'est pas vrais, c'est l'augmentation naturelle démographique, pas un succès politique | |
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