«Complet.» Ariane dans son bain, la nouvelle création de Denis Maillefer, fait fureur. A l’Arsenic, où débute la tournée de ce spectacle pour le moins intimiste puisqu’il va se jouer dans les salles de bains mêmes des spectateurs, les réservations ne se sont pas fait attendre. Une semaine avant la première, le théâtre programmateur affichait déjà sold out.
«L’idée d’avoir un comédien chez eux les fait triper», lâche le metteur en scène de cet étrange solo tiré de Belle du seigneur, qui place la comédienne dans la baignoire des spectateurs. Nue sous la mousse, la jeune Aline Papin incarne Ariane, personnage féminin plein de désirs, de contradictions, d’interrogations, d’humour, de folie, de sensualité.
Prise dans l’instant de ce moment aussi intime que contemplatif, l’héroïne d’Albert Cohen, amoureuse et extraordinairement lucide à la fois, imagine les retrouvailles avec son amant, digresse sur leur amour, son envie et son agacement à se faire belle, ou encore sur le cou des girafes.
«Ce spectacle est dans le prolongement même de ce que je recherche de plus en plus au théâtre, explique le Lausannois: une vraie expérience de spectateur, une manière d’être au présent. Je crois que lors de ce rendez-vous en salle d’eau, avec une comédienne à 50 centimètres de soi, il ne sera pas possible de ne pas être ramené à sa propre intimité.»
Et le metteur en scène de s’amuser d’avoir la chance de pouvoir (s’)offrir cette «absurdité théâtrale», «ce truc complètement snob» qui réunit un si petit nombre autour de l’événement à l’ère de Facebook et de la globalisation généralisée.
Pour mettre cependant une distance entre l’objet théâtral et les spectateurs, «pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté», Denis Maillefer a soigné la forme, serrée, entre lumières aquatiques et aucune adresse directe au public. Nul ne sait encore finalement qui de la comédienne ou du public sera le plus intimidé par ce rendez-vous insolite...
A l’heure de commencer les premières représentations, Aline Papin se dit toutefois plus absorbée par le défi du monologue que du contexte de jeu particulier: «Je serai seule à porter ce moment-là, il n’y aura personne pour venir à ma rescousse, confie-t-elle, c’est plus cela qui me travaille aujourd’hui.»
Et d’ajouter: «Finalement, le contexte est aussi particulier pour moi que pour les spectateurs. On entre tous dans un territoire inconnu, ce qui met d’une certaine manière tout le monde au même niveau. Et puis, c’est moi qui entre dans leur intimité, une intimité très forte par le lieu même de la salle de bains, ce qui ne doit pas être forcément évident.»
Il est prévu que la comédienne et un technicien débarquent chez les spectateurs une heure avant la représentation, le temps de préparer les lumières et de s’occuper du maquillage. Le metteur en scène n’a pas donné d’indications sur comment se termineront les soirées:
«Tant que je serai dans mon rôle, cela ira. C’est après, quand je ressortirai de mon bain, que cela sera gênant de se retrouver chez des gens que je ne connais pas!» Le rapport comédiens-spectateurs en sera résolument bousculé.
«Ariane dans son bain». D’après «Belle du seigneur» d’Albert Cohen. Mise en scène Denis Maillefer. Avec Aline Papin. Arsenic, Lausanne. Du 4 au 30 oct. Complet. Forum Meyrin. Du 5 au 13 nov. et du 19 au 25 mars. Théâtre de Carouge. Du 14 au 20 nov. et du 5 au 18 mars. Les Halles, Sierre. Du 31 janv. au 19 févr.
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