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Ridicule. Ce constat, Malik Mazbouri, historien à l’Université de Lausanne, le partage. Et l’homme sait de quoi il en retourne. En 1993, il accède aux archives de la Société de banque suisse (SBS, devenue UBS en 1998) qu’il souhaite consulter pour son doctorat sur l’émergence de la place financière helvétique. Et qui donnera, en 2005, une thèse monumentale sur le sujet.
En 1993, l’accès aux Compactus de la SBS constitue une première pour un historien. Une première obtenue après des années de négociation, qui plus est sévèrement encadrée: le Lausannois s’engage à soumettre la moindre ligne de son manuscrit à la banque. «Avec l’entrée en scène de la Commission Bergier dès 1996, les banques sont devenues encore plus méfiantes et cela a compliqué notre tâche de chercheur», se souvient Malik Mazbouri.
Aujourd’hui, réagit l’historien, «le scientifique ne peut être qu’extraordinairement sceptique face à une commission sur UBS. C’est même ridicule.»
D’abord, parce qu’il y a la masse d’informations gigantesque que recèle une banque internationale de ce genre. Ce qui suppose de centraliser ces données et réaliser des inventaires. «Une tâche énorme, sans compter que, après cela, il faut recruter de vrais spécialistes: historiens des banques, experts du droit international ou économistes», explique le Lausannois. Enfin, «il n’y aurait là qu’un accès restreint à un cercle d’élus, ce qui interdit toute scientificité aux résultats». En effet, sans accès public, personne ne pourrait ensuite contester les conclusions d’experts choisis par la banque elle-même.
Assez curieusement, nul débat sur ces conditions de travail et d’accès aux documents d’UBS ne se fait jour. Surtout chez ceux qui soutiennent la création de cette commission d’experts. Mais doit-on s’en étonner?
«CETTE COMMISSION N’AURAIT AUCUN SENS SI ELLE NE SE FAISAIT PAS DANS LE CADRE D’UNE ENQUÊTE PLUS LARGE SUR LE RÔLE DE LA FINMA ET DE SES LIENS AVEC UBS.» Peter Hablützel, ancien haut commis du Département fédéral des finances
QUI PRÉSIDERA CETTE COMMISSION?
Une commission d’experts avec accès aux fichiers d’UBS sur l’affaire de fraude fiscale aux Etats-Unis. Depuis que l’idée est apparue, des noms de politiciens – surtout socialistes – ont été évoqués pour la présider. Werner Marti (PS/GL), Simonetta Sommaruga (PS/BE) ou l’ex-conseiller fédéral démocrate-chrétien, Arnold Koller. Désormais, c’est le nom du socialiste Rudolf Strahm, l’ex-Monsieur Prix, qui revient avec insistance.
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