Faut-il bombarder les installations nucléaires d’Iran? Le Gouvernement israélien s’active pour en convaincre ses alliés. Que les mollahs souhaitent se doter de l’arme nucléaire, c’est probable. Qu’ils soient un jour en mesure de l’utiliser l’est moins. La moindre velléité d’utiliser de tels engins attirerait aussitôt des foudres ravageuses. Ce serait un suicide.
Mais une crise au Moyen-Orient en arrangerait beaucoup. A commencer par le gouvernement Netanyahou, aujourd’hui confronté à deux casse-tête. L’isolement diplomatique croissant: l’admission de la Palestine à l’Unesco n’était qu’un signe, il y a plus grave, la perte de deux alliés traditionnels, la Turquie et l’Egypte.
Enfin, la révolte sociale: les Indignés qui chahutent le pouvoir. Un raid sur l’Iran faciliterait «l’union nationale» et éclipserait la question palestinienne. Si cette guerre n’a pas encore eu lieu, cela est dû d’abord aux services secrets et aux militaires eux-mêmes: ils voient les pièges de l’opération. Amener à plus de 1500 kilomètres les grosses bombes GBU-28 capables d’exploser le béton à grande profondeur n’est pas une sinécure. Il y faudrait non seulement des ravitaillements en vol mais des bases intermédiaires. En Arabie saoudite? En Géorgie?
Quant aux appuis occidentaux qu’Israël pourrait trouver, ils sont encore hésitants. Obama est partagé. Il n’a pas envie de s’engager dans une nouvelle aventure à la veille des élections, mais par ailleurs, il est talonné par une opposition républicaine acquise à la cause israélienne, prompte à dénoncer la «mollesse» de la Maison Blanche. Si Netanyahou et les siens passent à l’action, les Etats-Unis suivront d’une façon ou d’une autre. Et puis ce serait le moyen de détourner l’attention des piteuses dérives économiques.
"L’Iran, même affaibli, reste une puissance régionale qui peut réagir avec force."
Les pays du Golfe, Arabie saoudite en tête, applaudiraient: ils sont terrorisés par cette Perse chiite devenue si arrogante. Ils constatent avec effroi qu’une convergence d’intérêts se dessine entre l’Iran, la Syrie… et l’Irak. Qui, l’a-t-on noté, s’abstient de condamner la dictature de Damas.
En Europe aussi, certains ne seraient pas mécontents de voir une telle alliance ébranlée. Ainsi Nicolas Sarkozy pense que des circonstances dramatiques peuvent servir ses desseins électoraux en lui permettant de se poser en père de la nation. Bien qu’il déteste le premier ministre israélien («C’est un menteur!» a-t-il glissé à l’oreille d’Obama), le président français aime trop tenir un rôle sur la carte géostratégique du monde pour s’abstenir dans l’hypothèse d’un tel embrasement. Et il ne serait sans doute pas fâché que l’on parle d’autre chose que de la dette…
Enfin, Russes et Chinois ne manqueraient pas de condamner durement une telle attaque et verraient ainsi leur autorité internationale encore renforcée face aux Occidentaux, notamment aux Nations Unies. L’engrenage qui mène à toute guerre compte une multitude de rouages. La raison donnée à une offensive n’est jamais unique. A chaque fois, d’autres motivations non dites la sous-tendent. Et toutes les parties tentent d’y trouver leur avantage.
Mais les enchaînements d’une mécanique belliqueuse sont imprévisibles. Un bombardement des installations incriminées peut déboucher sur maints scénarios. Plutôt noirs. Car là, on n’a pas affaire, comme en Libye, à un dictateur isolé à la tête d’un Etat en pagaille. L’Iran, même affaibli, reste une puissance régionale qui peut réagir avec force. Entre autres ripostes, il peut perturber le commerce du pétrole en bloquant le détroit d’Ormuz.
Pire: il peut pousser ses alliés libanais du Hezbollah à lancer une pluie de missiles sur Israël. Pauvre Liban. Le voici menacé une fois de plus par les affrontements de ses voisins. Aujourd’hui déjà, il est divisé face aux événements de Syrie. Dans les zones sous contrôle chiite, des affiches proclament la solidarité avec Bachar el-Assad, tandis que les sunnites et les chrétiens expriment leur soutien aux populations en révolte contre la dictature.
Rajouter une guerre dans cette région hautement inflammable, ce serait aggraver le chaos du monde bien au-delà du Moyen-Orient. A peu près tous les acteurs en sont conscients. Mais la tentation de la violence est telle qu’elle peut néanmoins s’imposer. Contre toute raison.
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