| 3 questions à Bertrand Piccard | |
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Pourquoi parler de «gaspillage énergétique» et non de «pénurie»? Au moins 30% de l’énergie utilisée dans un pays comme la Suisse est gaspillée en raison de l’emploi de technologies dépassées et de comportements inadéquats. Alors, avant de nous plaindre de pénurie, économisons déjà ces 30%!
Les économies d’énergie sont-elles rentables? Elles ne sont pas seulement rentables pour les utilisateurs, qui verront leurs factures diminuer, mais également pour toutes les branches industrielles qui produisent les technologies rendant les économies possibles: isolation, chauffage, moteurs, électroménager, lignes électriques; sans compter les producteurs d’énergies alternatives! Mais il faut que l’Etat quitte la voie étriquée des intérêts des lobbies au profit d’une vision où l’ensemble de l’économie y gagnera.
L’État doit-il prendre des mesures de contrainte? Les marchés, comme les comportements, ne réagissent qu’aux crises. Les politiciens devraient les anticiper. Il ne faut plus attendre pour fixer des buts ambitieux et des règles strictes en matière d’économies d’énergie. Le système libéral doit garantir une libre concurrence, nous avons donc besoin que l’Etat évite les distorsions entre les entreprises responsables et les autres, sans quoi personne ne fera le premier pas. Il devient urgent d’inclure la charge environnementale de chaque produit et action dans son prix de vente.
| Comment sera produite l’électricité que nous consommerons dans vingt ou vingt-cinq ans?
Sera-t-elle principalement d’origine hydraulique, nucléaire, issue de centrales au gaz ou de l’exploitation des «nouvelles» énergies renouvelables (solaire, éolienne, géothermique)?
Sera-t-elle, plus encore qu’aujour-d’hui, importée de l’étranger?
Cette problématique était au centre d’une conférence-débat organisée par L’Hebdo à Berne, le 16 septembre, sur le thème «Pénurie énergétique: quelles solutions pour la Suisse?»
La question est d’autant plus cruciale que «nous allons dans un monde qui s’électrifie», comme l’a souligné Hans Björn Püttgen, directeur de l’Energy Center de l’EPFL. Or, en la matière, la pénurie «a déjà pris forme», selon le conseiller fédéral Moritz Leuenberger.
Et le problème risque de devenir crucial dans vingt-cinq ans, au moment où quatre centrales nucléaires suisses seront fermées, alors que le contrat d’importation de courant signé avec la France arrivera à échéance.
Comment s’y préparer? «Il faut avant tout en finir avec le gaspillage énergétique», souligne l’aéronaute et «savanturier» Bertrand Piccard (voir lien). Ce n’est pas le conseiller fédéral qui le contredira. Dans les «quatre piliers» de sa politique, il a en effet mis en bonne place l’efficacité énergétique aux cotés, notamment, des énergies renouvelables et de la promotion de grandes centrales (nucléaire ou au gaz).
A l’avenir, le «mix» sera à l’honneur, et il faudra un peu de tout. Tout le monde –ou presque– s’accorde sur ce point. Les avis divergent en revanche à propos des autres investissements à réaliser en priorité pour assurer l’approvisionnement en électricité de la Suisse.
C’est d’ailleurs «une affaire de foi qui peut conduire à de véritables guerres de religion», comme n’a pas hésité à le dire Moritz Leuenberger. Pour sa part, le conseiller fédéral se montre œcuménique, puisqu’il prône à la fois le développement des nouvelles énergies renouvelables –«notre objectif est que leur part dans la production d’électricité double d’ici à 2020»– et l’installation de grandes centrales – «je suis convaincu que l’approvisionnement nucléaire jouera un rôle important».
Alors, combien faudra-t-il construire de centrales? Une, deux ou trois?
«Peu importe le nombre, répond Philippe Virdis, directeur général du Groupe E, mais il en faudra au moins une pour remplacer les réacteurs existants.»
«Si l’on veut conserver notre développement économique et notre mode de vie, on ne pourra pas éviter la construction d’une ou deux centrales nucléaires», renchérit Hans Björn Püttgen. Urs Näf ne dit pas autre chose lorsqu’il souligne qu’«économiser l’énergie et développer les énergies renouvelables ne résoudra pas le problème».
Et le représentant d’economiesuisse de brandir la menace d’un black-out, précisant qu’une coupure de courant d’une demi-heure coûterait 500 millions de francs au pays.
Un discours que réfute Bertrand Piccard. Il souligne que la construction des centrales nucléaires ne profite «qu’à quelques grandes entreprises», alors que les économies d’énergie bénéficieraient aussi à de très nombreuses PME ainsi qu’aux particuliers.
Et l’aéronaute de plaider pour un new deal, une véritable vision politique et un changement de paradigme: «Il faut se donner pour but de baisser de 2% la consommation annuelle d’électricité, au lieu de la laisser augmenter de 2% par an, en prenant pour principe que c’est inéluctable. Pour lui, cela n’a rien d’utopique.
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