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IMPRÉCATEUR Uli Windisch espère avec son projet de plateforme web donner plus d’audience à des voix médiatiques de droite souvent disparates.
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Médias
Une droite étouffée, vraiment?

Par Christophe Passer - Mis en ligne le 16.02.2011 à 13:03

Le sociologue genevois Uli Windisch rêve de lancer sur l’internet une plateforme politiquement marquée à droite, au milieu d’une presse romande qu’il juge trop à gauche. Pourtant, les plumes «de droite» n’y ont jamais autant abondé.

C’est peut-être une petite leçon de journalisme. Uli Windisch a été très surpris de découvrir cette semaine dans L’Express de Neuchâtel ou La Liberté un important article consacré à son projet de média de droite.

Une naïveté: balancé par mail à plus de soixante personnes du tout petit monde de la presse et de la politique, il n’est guère surprenant que son concept ait illico transpiré.

«C’est un peu trop tôt, ce buzz», soupire-t-il pourtant. «J’espère que ça ne va pas faire peur aux sponsors éventuels, ou à ceux qui pourraient collaborer.»

L’exemple Weltwoche. Sponsoriser ou collaborer à quoi? Une plateforme médiatique de droite, inspirée par l’exemple de la Weltwoche, hebdomadaire zurichois souvent proche des thèses de l’ UDC. «C’est le seul titre dans lequel j’apprenne régulièrement quelque chose», s’enthousiasme-t-il.

L’idée n’est pas de lancer un vrai journal – trop cher – plutôt de «coordonner sur le Web un courant de pensée émietté, peu présent ailleurs dans la presse».

Ailleurs, c’est donc les journaux et médias classiques. Car depuis longtemps, Windisch, 65 ans cette année, professeur et sociologue à l’Université de Genève, sincèrement passionné de médias (il a lancé à l’Uni un master sur le thème), s’est fait une spécialité de dénoncer le supposé fossé entre la population et la presse traditionnelle, mortellement suspectée de gauchisme mou, droit-de-l’hommisme fade et bien-pensance conformiste.

«Evidemment, peste-t-il, il est possible de me caricaturer. Mais j’observe qu’à peine formulée, l’idée d’un média de droite provoque des mécanismes de défense, qu’il s’agit de l’assassiner avant même qu’il soit né! Cela vous gêne terriblement, alors que vous devriez vous réjouir, au nom de la pluralité, de toute nouvelle voix dans la presse.»

Sans doute, et la question du projet Windisch est ainsi posée: les journalistes romands sont-ils désespérément de gauche, la pensée de droite si étranglée que ça?

Il pense que oui. «Les rédactions sont pleines de gens politiquement corrects. Certains éditeurs les secouent un peu, mais dans l’ensemble, on demeure dans une pensée de centre-gauche.» Pour lui donner raison, une étude publiée par Le Temps il y a une dizaine d’années soulignait déjà que la majorité des journalistes romands penchaient effectivement à gauche.

Plumes de droite. Mais de ce constat a découlé, depuis, l’irruption un peu partout de plumes, éditorialistes et chroniqueurs réputés souvent franchement de droite, sans compter la place donnée par tous les médias aux ténors de l’UDC, premier parti de Suisse aux élections fédérales de 2007.

Le Temps comme d’autres quotidiens prennent régulièrement des positions que l’on pourrait qualifier de conservatrices. Philippe Barraud (lire ci-dessous), ancien rédacteur en chef de feu la Gazette de Lausanne, a lancé le site commentaires.com. François Schaller est à la tête du quotidien économique l’Agefi.

Jean-François Fournier dirige Le Nouvelliste valaisan. Marie-Hélène Miauton s’engage dans Le Temps. Pascal Décaillet fait feu d’artifice de son verbe aussi bien par des chroniques écrites que sur la toile ou dans les émissions les plus regardées de Léman Bleu, télévision régionale genevoise.

L’avocat Marc Bonnant donne son théâtral numéro d’anarcho provocateur devant tous micros et caméras. Le libéral Charles Poncet estoque ses adversaires dans L’Hebdo, le PDC Jacques Neyrinck aussi. Urs Gfeller commente avec passion sur La Première.

Fathi Derder chroniquait dans 24 heures et dirigeait la rédaction de La Télé valdo-fribourgeoise: il sera candidat libéral aux élections, et met le doigt sur une limite du projet: «Ce qui me gêne à ce stade, c’est que l’on se retrouve dans un clivage terriblement traditionnel gauche-droite, ce qui est justement ce que Windisch semble dénoncer. Et pour moi, la droite, ce n’est pas forcément être conservateur.»

Alors sérieusement, la droite, vraiment si étouffée que ça par les médias? «Je crois que leur réponse demeure insuffisante sur ces questions, insiste Uli Windisch. Les succès de l’UDC en témoignent. Si la pluralité des opinions était plus importante, je pense que cela contribuerait à une détente du climat politique».

Financement à trouver. En attendant, il cherche à évaluer la viabilité de son projet, qui a encore des airs low-cost. Il imagine un webmaster et une secrétaire (les deux aux alentours de 4000 francs par mois), deux journalistes à temps partiel (6000 francs chacun).

Ils auraient à gérer des contributeurs (parmi lesquels pourraient se trouver certains des noms cités ci-dessus), entre 30 et 50 personnalités pas rémunérées au départ, dont 5 ou 6 formeraient un «noyau dur». Il s’agit de trouver environ 330 000 francs annuels, selon les calculs du professeur, et être sûr de tenir entre un et trois ans avant de se lancer. Le mystère demeure pour l’instant opaque sur les éventuels sponsors de l’opération.


Chroniqueurs et voix de droite, ils sont très présents dans les médias romands

Philippe Barraud, fondateur du site www.commentaires.com

Il se verrait assez bien collaborer avec le professeur Uli Windisch. «Je crois que ce qui le motive, c’est l’éparpillement de la pensée de droite, où les voix sont souvent très isolées. Face aux grandes entreprises de presse, il y a une dissymétrie complète.»

Philippe Barraud en est un exemple, et après avoir prêté sa plume ferraillante à divers titres, dont L’Hebdo, il a lancé il y a quelques années www.commentaires.com, site web porteur d’articles et chroniques politiques, où s’expriment quelques ténors de la droite romande. Il tient aussi chronique dans divers journaux.

La droite est-elle donc encore si minoritaire dans les médias? «L’air du temps demeure à gauche.» Il pense pourtant imprudente la façon dont Windisch a laissé filtré son concept, car «maintenant, il a les mains un peu liées».

Quant à lui, il croit l’affaire possible, soulignant cependant que «cela doit être un combat, avec une ligne, mais en restant d’abord du journalisme. Sinon, ça ne marchera pas.»

Marie-Hélène Miauton, chroniqueuse dans Le Temps

La fondatrice de l’institut M.I.S trend a laissé son entreprise à ses cadres il y a quelques semaines. Mais elle tient depuis des années une chronique dans Le Temps qui lui vaut des réactions fortes. Des positions rentre-dedans, et c’est parfois l’admiration, parfois l’insulte, comme dans une lettre de lecteur la semaine dernière, qui fit méchament polémique.

«La droite dans les journaux romands? Pourquoi faut-il qu’elle soit si souvent confinée aux chroniques?» demande-t-elle avec malice. Car elle pense qu’une «forme de regard» demeure dans les rédactions.

«Il faudrait étayer cela, refaire une étude précise, comme celle menée il y a dix ans pour Le Temps par M.I.S. Mais je ressens que la vision du monde est encore marquée plutôt à gauche. Je reconnais cependant que la situation n’a pas empiré ces dernières années.»

Elle remarque enfin que les journalistes s’assumant à droite sont souvent amenés à des solutions d’isolement, à l’exemple de Philippe Barraud, et peinent à s’épanouir longtemps dans les médias traditionnels.

Pascal Décaillet, Producteur sur Léman Bleu

Ancien patron de Forum, sur La Première, Décaillet aime les mots, leur son, de Gaulle, Napoléon, la poésie, l’écriture belle et la joute verbale. Et il est à droite, multipliant les activités de commentateur brillant dans la presse écrite, sur les ondes des radios privées ou le plateau de «Genève à chaud», sur la télé genevoise Léman Bleu.

«Avec tout ça, j’ai une visibilité qui fait que je suis très mal placé pour poser en victime. On ne peut pas dire que je sois ostracisé», sourit-il.

Sur le projet Windisch, il se dit «gêné par le mot “plateforme”, que je déteste. Je crois qu’il y a une énergie disparate qu’il s’agirait de coaguler. Comment, ça reste à voir. Je ne pense pas en termes victimaires, il faut juste s’assumer de doite, dire qui nous sommes. Le monolithisme de droite, ça ne m’intéresse pas. Le charme, c’est qu’il y ait des courants, dominants ou en lutte.

Donc, ce doit être mené par des journalistes. Et ce qui leur manque parfois par ici, ce n’est pas un combat droite-gauche, mais le venin, le vitriol dans les mots.»





Tags: Uli Windisch, plateforme web, droite,

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