RÉGION. Comme le reste de la Suisse, Genève souffrira d’ici à une dizaine d’années d’une grave pénurie de personnel soignant. Mais le canton frontalier a décidé d’empoigner le taureau par les cornes: il veut créer une école des métiers de la santé à cheval sur la frontière francosuisse, dont les diplômes binationaux seront reconnus dans les deux pays. Une première. «Un groupe de travail a été mis sur pied et des contacts ont été pris avec nos partenaires français, qui ont fait preuve d’un intérêt marqué pour une telle institution», indique Anne-Geneviève Bütikofer, directrice générale de la Santé du département genevois homonyme. L’idée, selon elle, est de former du personnel en fonction des besoins de l’ensemble du bassin franco-genevois, au lieu d’y œuvrer chacun de son côté, sans concertation. L’attente est énorme: rien qu’aux Hôpitaux universitaires genevois (HUG), plus de 60% des soignants résident en France. Et en 2012, un nouvel hôpital de 445 lits verra le jour entre Annemasse et Bonneville.
«Avec cette école, les flux de soignants des deux côtés de la frontière deviendront beaucoup plus naturels», espère Anne-Geneviève Bütikofer. Car aujourd’hui la France fait plutôt la grimace en voyant ses infirmières filer en Suisse et se montre peu encline à accroître le nombre de ses places de formation. «C’est Paris qui décide des quotas pour les écoles d’Annemasse, de Thonon ou d’Annecy, note Pierre Brennenstuhl, le directeur adjoint des soins aux HUG. Or, la capitale se fonde uniquement sur les besoins du côté français de la frontière.» Reste le problème de la reconnaissance des diplômes: «La philosophie entre les deux pays est très différente. Alors que la France édicte une liste d’actes médicaux que les infirmières ont le droit d’accomplir, la Suisse ne codifie pas cela», relève Pierre Brennenstuhl. Uniformiser ces pratiques divergentes ne sera pas une mince affaire.
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