Son père la souhaitait médecin. Mais la petite Mihaela racontait des histoires à n’en plus finir, avec une telle conviction, que sa tante s’écriait: «Elle parle comme un avocat!» Enfant du communisme, formée à la rigueur de la scolarité roumaine, elle suivra sa route avec obstination, sacrifiant à sa vocation les ambitions paternelles. «La profession m’attire depuis toujours, par idéal de justice mais aussi par goût de l’argumentation, de la persuasion», confiet- elle. Bûcheuse, l’adolescente roumaine deviendra avocate suisse. Aujourd’hui, cette femme de 34 ans accède à l’échelon supérieur, élue juge cantonale vaudoise, sous la bannière de l’UDC.
Dans le milieu juridique, l’élection de Mihaela Amoos au sein des démocrates du centre déclenche la stupeur. Durant sa courte carrière, la jeune femme a été estampillée «de gauche». C’est au sein d’une étude lausannoise, qui compte notamment l’ancien conseiller d’Etat socialiste Jean-Jacques Schwaab parmi les associés, qu’elle a suivi son stage pratique. De plus, l’avocate s’est engagée dans la défense des locataires et des assurés comme bénévole auprès de l’Asloca et de l’Assuas.
Que l’alliance avec l’UDC étonne, Mihaela Amoos le comprend. Elle n’y voit cependant pas d’incohérence avec son passé, car elle se qualifie d’apolitique. «Mon implication dans les dossiers associatifs s’explique par un intérêt pour la matière: la Suisse est peuplée de locataires et d’assurés, ces thèmes concernent tout le monde.» Avec une thèse de doctorat sur l’immobilier, l’avocate est effectivement une spécialiste du droit réel. Tout de même, la Roumaine avoue nourrir une fibre sociale, à laquelle son enfance communiste n’est pas étrangère. «Mais jamais je n’ai adhéré entièrement à une doctrine ou à un parti. Sur certains thèmes, je me rapproche de la droite.» Sur les questions scolaires par exemple, Mihaela Amoos se trouve aux antipodes de la vision socialiste. Attachée aux notes, elle désire une école rigoureuse. «L’élève n’est pas un client!» clame-t-elle.
Doctorat en huit mois. L’importance de la formation, Mihaela Amoos en sait quelque chose. A 18 ans, son bac scientifique en poche à Bucarest, elle reçoit une bourse d’études à l’étranger. Ce sera la Suisse, patrie de l’amour rencontré sur les bords de la mer Noire, qui en fera une Suissesse en lui passant la bague au doigt. Arrivée en 1996, la jeune fille acquiert le français en quelques mois avant de débuter le droit à l’Université de Lausanne. Bourreau de travail, elle dévore ses études et obtient la mention avec félicitations pour sa licence. Au doctorat, elle frise l’exploit: elle le rédige en huit mois, tout en travaillant à l’Association des notaires vaudois en parallèle et décroche même un prix. «J’avais commencé un peu en avance, avant d’avoir fini la licence», avoue-t-elle, malicieusement coupable.
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