Il faut reconnaître à l’UDC sa capacité à capter les préoccupations d’une partie des citoyens suisses, son talent à capitaliser sur les inquiétudes, sur cette rogne sourde qui vous prend aux tripes. Elle surfe d’ailleurs au diapason de l’Allemagne (et de son pamphlétaire Thilo Sarrazin), de la Hollande (et de l’islamophobe Geert Wilders), de la France (et de Sarko, l’expulseur de Roms).
L’initiative de l’UDC sur le renvoi des étrangers est inapplicable. Elle est surtout dépassée par la réalité.
Seulement voilà, son initiative sur le renvoi des étrangers, si elle cristallise les frustrations, ne résout rien et viole allégrement les droits suisse et international. Elle est inapplicable. Et elle retarde d’une guerre. D’abord parce que le nombre des renvois explose depuis plusieurs années, comme le montre l’enquête de Michel Guillaume et Julie Zaugg (lire en page 14).
Cette réalité reste toutefois insuffisamment documentée. Eveline Widmer-Schlumpf et son département n’ont pas fait leur boulot. Et on chercherait en vain dans leurs services une vue d’ensemble vraiment fiable. Un flou statistique qui plombe les adversaires de l’initiative.
En février 2008, au moment du dépôt du texte dit des «moutons noirs», nous avions publié un premier article révélant déjà une forte augmentation des expulsions. Cette tendance s’est encore amplifiée depuis.
Ce durcissement se lit également dans certaines décisions récentes du Tribunal fédéral. Celle prise le 16 septembre dernier, par exemple, confirme l’expulsion d’un Turc de 23 ans, né en Suisse et sans liens suivis avec son pays d’origine. La preuve que le droit actuel permet des mesures sévères.
Le hic, c’est que les pratiques varient considérablement d’un canton à l’autre. En Suisse romande, les autorités vaudoises ont adopté une politique stricte, mise en œuvre avec cohérence par le libéral-radical Philippe Leuba.
A Genève, après des années du laxisme imprimé par Laurent Moutinot, on est passé à une action plus décidée avec l’arrivée de la conseillère d’Etat Isabel Rochat. Quant à Fribourg, il reste plutôt clément. Le contre-projet du Conseil fédéral vise précisément une harmonisation à l’échelle nationale.
En préambule, ce texte propose surtout de promouvoir l’intégration. C’est ce qui fait son intérêt. Parce qu’il permettrait de généraliser des mesures concrètes, enfin. Comme, par exemple, le contrat d’intégration à la mode bâloise, qui exige des étrangers (l’ouvrier kosovar et pourquoi pas le top manager américain?!) de se colleter avec l’apprentissage de la langue du pays.
Promouvoir l’intégration? On peut aussi, bien sûr, ne voir dans cet article du contre-projet qu’un simple alibi pour déculpabiliser et rallier une partie de la gauche au moment de la votation. Un gadget pour la galerie qui ne déboucherait sur aucun résultat palpable.
Ce serait une belle occasion manquée de débattre et de clarifier les règles de la cohabitation entre Suisses et étrangers. Et une fleur faite à cette UDC, virtuose dans l’art d’exacerber les peurs, mais bien incapable de proposer des solutions solides.
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