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Par Julie Zaugg - Mis en ligne le 11.07.2012 à 12:40 |
Il règne un calme presque irréel au Castle Cove Sailing Club en ce mercredi de fin juin. Affalées dans les canapés ou assises aux grandes tables de bois, quelques personnes examinent des schémas sur leurs laptops, débattant de la stratégie à adopter sur l’eau. D’autres sirotent un thé ou grignotent un muffin. Seule indication de ce qui se prépare ici: la rangée de drapeaux d’une dizaine de nationalités qui orne l’entrée de la bâtisse. Et les conversations en allemand, tchèque, finlandais, néerlandais, japonais ou anglais qui résonnent dans la cafétéria. Cela paraît dur à imaginer mais dans 30 jours, la ville de Weymouth, sur la côte sud de l’Angleterre, accueillera les compétitions de voile des 30e Jeux olympiques. La Suissesse Nathalie Brugger participera à l’une des régates les plus physiques, les plus intenses, de l’événement. Elle prendra le départ sur son Laser Radial, un bateau extrêmement léger et rapide, le 30 juillet pour une série de manches de qualification, avant d’enchaîner avec la finale le 6 août si elle parvient à se hisser parmi les dix meilleures. A Pékin, il y a quatre ans, elle avait terminé sixième, le meilleur score réalisé par une navigatrice helvétique aux JO. «Je veux faire mieux qu’en Chine, relève la jeune femme de 26 ans, actuellement classée 12e au niveau mondial. Je vise une médaille.» Si elle remporte son pari, ce serait un exploit: la Suisse n’a plus récolté de médaille en voile depuis l’argent obtenu à Mexico en 1968 par Louis Noverraz. Parcours à «surprises». Pour y parvenir, cette sportive d’élite, qui pratique la voile depuis l’âge de 8 ans, d’abord en double avec sa sœur puis en solitaire dès 2003, devra batailler dur. «Le niveau s’est beaucoup élevé dans ma catégorie depuis un ou deux ans, explique-t-elle. Nous sommes une douzaine à avoir une chance de monter sur le podium.» Discipline olympique depuis les JO de Pékin, le Laser Radial a vu sa cote exploser et attire désormais des navigatrices de mieux en mieux préparées. Une tasse de café à la main, Nathalie Brugger scrute la baie noyée sous une épaisse couche de brume. «Je loue une maison ici depuis le mois de mai afin de m’habituer à ce plan d’eau très particulier. On peut avoir quatre jours de calme, avec un vent à 10 nœuds, suivis de quatre jours de tempête, avec des bourrasques à 30 nœuds.» Les courants et les vagues manifestent aussi leur force. Et il y a le fameux temps anglais: en ce début d’été pluvieux, le thermomètre peine à dépasser les 15 degrés. A cela s’ajoutent «les surprises» préparées par les organisateurs des JO: «Les régates pourront se dérouler sur quatre parcours différents, détaille la Suissesse: l’un se trouve dans la baie, où les conditions sont proches de celles d’un lac, deux se situent au large. Et le dernier se localise non loin des côtes pour fournir une meilleure visibilité aux spectateurs, mais il est plein de trous de vent. Il faut se préparer à toutes les éventualités.» Un entraînement physique intense pour les jours de gros vent et un travail pointilleux sur la tactique pour les jours de mer plate. La stratégie avant le matériel. Il est 11 heures. Nathalie Brugger commence à gréer son bateau. Au fond de la coque, elle a collé une photo d’une équipe de rugby néo-zélandaise. «Cela fait partie de mon entraînement mental, explique-t-elle. J’ai une préparatrice qui me fait travailler sur l’agressivité avec un choix d’images et de chansons qui évoquent la combativité. Lorsqu’il y a beaucoup de vent, la course peut devenir très physique: il faut alors savoir faire abstraction de la douleur, ne pas la laisser guider nos choix tactiques.» Mais ce bateau ne l’accompagnera pas sur l’eau durant les JO. Une semaine avant la compétition, chaque participant reçoit une embarcation neuve, tirée au sort. Une pratique mise en place pour éviter qu’ils ne «customisent» leur bateau pour le rendre plus rapide. «J’aime cet aspect, note la sportive. En Laser, ce sont les qualités du skipper qui font la différence, pas le matériel.» Les bateaux sont mis à l’eau. La baie se remplit peu à peu de voiles colorées qui tournent, par groupes de quatre ou cinq, autour des bouées. Une fois en mer, Nathalie Brugger prend rapidement de la vitesse. A chaque virement, la coque se dresse à la verticale, suspendue dans un équilibre périlleux jusqu’à ce que la navigatrice la ramène à l’horizontale d’un coup de reins. Depuis son Zodiac, son entraîneur Olivier Terrol filme tout. Il s’en servira plus tard pour analyser les manœuvres et les erreurs de la jeune athlète. Au moment de passer la bouée, les Laser sont au coude-à-coude. «Il s’agit d’un sport de contact, commente Olivier Terrol. Les bateaux se suivent à moins de 20 secondes d’intervalle.» Un budget difficile à boucler. A 14 heures, l’entraînement s’achève. Nathalie Brugger rejoint la cafétéria du club. Au menu: moussaka. «Je ne suis pas de régime particulier, note la jeune femme. Mais je porte une montre qui calcule les calories que je dépense. Je dois veiller à consommer assez de glucides ainsi que de protéines et, surtout, ne sauter aucun repas.» Avec 230 jours passés sur l’eau par an, la préparation olympique est intense, physiquement, mais elle est aussi coûteuse. «Sur trois ans, j’ai dépensé 250 000 francs», indique la navigatrice. Une somme réunie grâce à ses sponsors et au club de voile de Gstaad, qui lui a ouvert ses portes après Pékin. La Fédération suisse de voile n’a contribué qu’à 10% du total, en plus de lui fournir un coach. «Les soutiens sont durs à trouver: il n’y a pas beaucoup d’argent dans la voile en Suisse, contrairement au tennis, au foot ou au hockey, précise-t-elle. Et je ne navigue jamais sur les lacs helvétiques: les logos de mes sponsors ne sont donc pas vus par un public helvétique. Aux JO, je n’ai carrément pas le droit de les afficher.» Rio en 2018? Elle n’a pas encore songé à l’après-Londres. «Je tenterai peut-être les Jeux de Rio de Janeiro, en 2018, ou alors je changerai de support, hasarde-t-elle. Le Laser est un bateau qui fait mal, je ne sais pas si j’aurais encore envie de cela à 30 ans.» Le catamaran, qu’elle a déjà pratiqué en intégrant l’équipage du Ladycat féminin lancé par Dona Bertarelli il y a quelques années, l’attire. Dans l’immédiat, elle entamera un master à l’Université de Genève. En sciences du sport, évidemment.
Les espoirs de médaille de la Suisse aux Jeux olympiques
Nicola Spirig, triathlonVice-championne du monde en titre et triple championne européenne de sa discipline, la Zurichoise de 30 ans avait fini sixième lors des Jeux olympiques de Pékin. Cette athlète cherchera à réitérer l’exploit le 4 août à Londres. Elle pourrait notamment se démarquer de ses concurrentes dans l’épreuve de cyclisme, son point fort.
Fabian Kauter, escrimeL’équipe suisse d’épée masculine a été sacrée championne d’Europe en juin. Le Bernois de 26 ans, qui en faisait partie, cherchera à s’imposer sur les bords de la Tamise en individuel, seule discipline représentée aux JO. En 2011, il a remporté une médaille de bronze lors des Championnats d’Europe. En 2009, il y avait récolté l’argent.
Swann Oberson, natation en eau libreChampionne du monde en nage libre sur 5 kilomètres, la Genevoise de 25 ans participera le 9 août à la course olympique, qui se tient sur dix kilomètres. A Pékin, cette spécialiste des 200, 400 et 800 mètres de nage libre était arrivée sixième. Elle représente l’une des principales chances de médaille suisse.
Fabian Cancellara, cyclismeDéjà médaillé d’or du contre-la-montre et médaillé d’argent en ligne à Pékin, le Bernois de 31 ans est l’une des valeurs sûres de la Suisse pour les JO de Londres. Il lui sera toutefois difficile de faire mieux qu’en Chine, une double victoire paraissant improbable, d’autant qu’il s’est brisé la clavicule lors du Tour des Flandres en avril.
Patrick Heuscher et Jefferson Bellaguarda, beach-volleyL’équipe formée par le Thurgovien Patrick Heuscher et le Brésilien Jefferson Bellaguarda a déjà montré sa force lors des Championnats d’Europe de 2011, où elle a obtenu la quatrième place. Patrick Heuscher, 35 ans, avait déjà obtenu du bronze aux JO d’Athènes. Jefferson Bellaguarda, 35 ans, figure parmi les meilleurs joueurs défensifs au monde.
Roger Federer, tennisLes JO sont le dernier trophée que le Bâlois de 30 ans n’a pas encore conquis. Et il en est à sa quatrième participation olympique. A Pékin, il a signé une médaille d’or en double avec Stanislas Wawrinka mais la victoire en simple lui a échappé au profit de Rafael Nadal. A Londres, il devra affronter la dure concurrence de l’Espagnol et de Novak Djokovic.
Juliane Robra, judoLa Genevoise d’origine allemande avait raté sa qualification pour les JO il y a quatre ans. Elle a désormais changé de catégorie, passant des moins de 63 kilos aux moins de 70 kilos, ce qui convient mieux à ses qualités d’endurance. En avril, la judoka de 29 ans a pris la troisième place des Championnats d’Europe pour la seconde fois.
Viktor Röthlin, marathonCe vétéran des JO accomplira son 24e marathon le 12 août à Londres. L’Obwaldien de 37 ans, qui avait pris la sixième place à Pékin, est connu pour sa capacité à encaisser la souffrance, mais il aura de la peine à s’approcher du champion kényan de la discipline, Patrick Makau. Il s’est fixé pour objectif d’être le meilleur coureur non africain.
Steve Guerdat, Beat Mändli, Pius Schwizer, Clarissa Crotta, saut d'obstacle en équipeLa Suisse n’est pas parvenue à qualifier un cavalier en individuel, mais le Romand, la Tessinoise et les deux Alémaniques défendront les couleurs helvétiques lors du saut d’obstacles en équipe. Pius Schwizer, 49 ans, et Steve Guerdat, 30 ans, avaient remporté la médaille de bronze il y a quatre ans à Pékin dans cette discipline.
Nino Schurter, VTTMédaillé de bronze à Pékin, le Grison de 26 ans s’est fait remarquer ces derniers mois en remportant plusieurs manches de Coupe du monde et une médaille d’argent aux Mondiaux de Champéry à l’automne 2011. Ce technicien chevronné, doté d’un excellent matériel, pourrait bien créer la surprise à Londres. |









