La Suisse ne fait rien comme les autres pays. Quand survient la libération d’un otage, les autres pays sont habitués à dégainer la raison d’Etat pour couvrir d’un voile opaque les expédients auxquels ils ont recouru afin d’y parvenir. Nous pas.
Plutôt que de se réjouir simplement du retour de Max Göldi, la Suisse se déchire. Entre conseillers fédéraux. Entre Genève et Berne. Fallait-il offrir ce nouveau cadeau à Kadhafi? Y a-t-il encore quelqu’un qui se soucie de la dignité de l’Etat?
Micheline Calmy-Rey est au cœur de la tourmente. Ailleurs, elle serait encensée pour son efficacité; ici, elle est inspectée avec méfiance. A-t-elle fait tout juste? se demande une classe politico-médiatique inculte en relations internationales et en gestion de crise. Oubliant que, dans cette affaire, il ne s’agissait pas de respecter la panoplie du premier de classe mais de trouver une issue. En deux ans, la cheffe du Département fédéral des affaires étrangères a pu compter ses amis sur la scène internationale. Peu nombreux. Pas très empressés. Les Européens n’ont agi que contraints par le stratagème des visas Schengen. Une solidarité forcée pour laquelle ils demanderont tôt ou tard une compensation. Mais ce qui manque terriblement à la ministre, ce sont des amis à Berne. Depuis le départ de Pascal Couchepin, Micheline Calmy-Rey est le seul animal politique de sang-froid du collège. Moritz Leuenberger est en pré-retraite, Didier Burkhalter en apprentissage (prometteur). Hans-Rudolf Merz a perdu toute crédibilité, Ueli Maurer n’en a inspiré aucune. Eveline Widmer-Schlumpf est une gestionnaire intransigeante sans réel poids politique. Doris Leuthard, habile, brillante et extravertie, ne s’est pas encore imposée comme une leader incontestable.
Micheline Calmy-Rey est une vraie femme de pouvoir, mais elle est trop isolée au sein du collège pour le dominer, en tirer avantage, marquer de son sceau la politique. Ses collègues la subissent comme ils sont bien obligés de subir les exigences toujours plus envahissantes de la politique étrangère dont la socialiste a la charge.
Elle tient d’une main de fer son département, où elle inspire crainte et respect plus que confiance. Sa position actuelle illustre jusqu’à la caricature les maux dont est atteint le gouvernement: le manque de collégialité, c’est-à-dire de soutien des autres, l’esprit de clocher départemental excessif et l’absence de vision à peine masquée par une terne efficacité gestionnaire.
MICHELINE CALMY-REY EST LE SEUL ANIMAL POLITIQUE DE SANG-FROID DU COLLÈGE.
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