C’est une petite ruche au cœur du Flon, à Lausanne. Une quinzaine de personnes s’y activent, en secret, depuis plusieurs mois. En ligne de mire, une prochaine révolution web, fomentée à des milliers de kilomètres de la toute-puissante Silicon Valley.
A la tête de cette équipe, Vincent Borel et Stelio Tzonis. Le premier, 30 ans, est le fils de Daniel Borel, fondateur de Logitech. Le second, 40 ans, avait fait sensation au début des années 2000 en créant Lysis avec son frère Alexandre, une société de 160 employés, revendue au groupe Kudelski.
Déjà, le projet s’était développé dans des bureaux au Flon. Un quartier alors en friche, bien loin des alignements de vitrines et de fenêtres teintées actuels. «A l’époque, chacun voulait démontrer qu’il pouvait survivre au Flon, se souvient Stelio Tzonis. C’était une sorte de far west. Aujourd’hui, le côté pionnier a un peu disparu. Mais pourrait renaître et le quartier devenir ce que les gens qui s’y installent en feront.»
Drag & drop. Cet esprit participatif préside au projet développé par les deux hommes. Lancé il y a trois semaines, Webdoc.com se veut un nouveau type de site, capable de réconcilier création de contenus et communauté d’utilisateurs.
«Jusqu’ici, il y avait une séparation claire entre ceux qui modèlent un contenu et les réseaux sociaux, observe Vincent Borel. Notre idée était d’élargir les possibilités d’expression grâce à des éléments intuitifs.»
En clair, le site permet de partager des contenus et, surtout, de les agencer selon son envie. En quelques clics et mouvements de souris on peut ainsi, par exemple, réunir sur un même support visuel une photo, un extrait musical, un lien vers un site web et un sondage. Et obtenir un flyer complet et interactif, que l’on partagera ensuite sur son blog ou sur sa page Facebook.
Le secret de cette maniabilité se trouve dans les récentes évolutions techniques, entre le langage HTML5 et le développement des navigateurs. Et, surtout, en Biélorussie, où Webdoc emploie des programmeurs triés sur le volet. C’est grâce à eux que l’entreprise a pu développer le drag & drop – littéralement glisser & déposer – qui donne à l’utilisateur l’impression d’évoluer dans une application type iPad plutôt que sur un site web.
Un nouveau MySpace. Présenté à la mi-mars lors du festival SXSW à Austin au Texas – où sont réunis annuellement les tenants des industries musicale, cinématographique et internet – Webdoc a séduit.
Car, à sa façon, il pourrait bien remplacer MySpace dans le cœur des musiciens et de leurs fans, intégrant les fonctionnalités les plus récentes, permettant de vendre sa musique, ses billets de concerts ou son merchandising en un clic, favorisant l’achat impulsif. Tandis que les mélomanes y trouveront une nouvelle communauté, modelable selon leurs désirs et non selon des cadres figés comme sur Facebook.
Quant à la monétisation du site, elle s’appuie sur un modèle Freemium, où l’on peut accéder gratuitement aux fonctionnalités de base, mais payer pour en obtenir d’autres, comme l’analyse de ses statistiques. L’avenir dira si le modèle est payant, mais la révolution est en marche, née à Lausanne.
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