Le changement dans la continuité. Telle pourrait être la devise de Mario El-Khoury qui a pris les rênes du CSEM (Centre suisse d’électronique et de microtechnique) de Neuchâtel. Le 1er novembre dernier, il a succédé à Thomas Hinderling qui était le directeur général de l’établissement depuis 1997. «Cela faisait une dizaine de mois que je me préparais à cette éventualité», dit Mario El-Khoury. Il occupait alors le poste, nouvellement créé, de directeur opérationnel chargé de coordonner toutes les divisions du centre. Un beau tremplin. Autant dire que, même s’il y avait d’autres candidats et que «ce n’était pas dans la poche», le nouveau patron n’a été «qu’à moitié surpris» par la décision du conseil d’administration de le placer à la tête du centre privé de recherche appliquée.
Vue de l’extérieur par des observateurs peu au fait des arcanes de l’institution, cette nomination a étonné, tant le nouvel élu était connu pour sa discrétion et son souci de ne jamais apparaître au-devant de la scène. Mais dans les couloirs du bâtiment moderne qui surplombe le lac de Neuchâtel, on se dit «soulagé» de la promotion d’un homme du sérail, alors que les trois précédents directeurs venaient de l’extérieur. Si le personnel du centre avait dû se prononcer sur le nom du futur directeur général, «il aurait certainement voté pour lui», précise une collaboratrice. Une transition en douceur donc, et la suite logique des choses pour cet ingénieur de 46 ans qui a accompli l’essentiel de sa carrière au CSEM.
Né au Liban, Mario El-Khoury «rêvait depuis l’âge de 9 ans» de suivre les traces d’un de ses oncles et devenir ingénieur électricien. Son bac en poche, il débarque à l’EPFL pour concrétiser son aspiration. Si l’on excepte l’année qu’il a passée à étudier à l’Université américaine Carnegie Mellon à Pittsburgh, il n’a plus jamais quitté son pays d’adoption. «Je suis devenu un produit suisse; trop même, selon mon épouse.» Cet homme, qui n’a rien perdu de sa chaleur méditerranéenne et dit avoir gardé le goût de la fête, «se revendique» Neuchâtelois. «Du haut! précise-t-il en riant. Je suis du Cerneux-Pequignot.»
Il est aussi devenu un pur produit du CSEM où il est entré en 1994, après trois ans passés chez le fabricant de moteurs Portescap SA. Certes, après avoir obtenu, il y a quelques années, un MBA à l’Université de Lausanne, il a bien songé un instant à «aller se battre dans le secteur privé». Mais il ne se voyait pas passer sa vie confiné à un seul domaine technologique et il a préféré la variété des projets développés par le centre de recherche. D’autant, ajoutet- il, «qu’il est difficile de s’arracher du CSEM; c’est tellement bien de travailler ici!»
Pas de révolution. Passant de la gestion de projets à la direction de la division «ingénierie des systèmes», active dans la microtechnique et le biomédical, puis prenant la direction opérationnelle de toutes les divisions techniques en Suisse, il a donc gravi les échelons. Non sans fonder au passage, fin 2008, la start-up SenseCore qui développe un T-shirt intelligent destiné au suivi des paramètres médicaux des sportifs de haut niveau.
Le voilà maintenant arrivé au sommet de la hiérarchie opérationnelle. Quelle sera sa stratégie? «A court terme, ce ne sera pas la révolution, mais la continuation.» Ces dernières années, le CSEM s’est énormément développé et «pour bien cueillir les fruits de ce travail d’extension, il faut le consolider».
Pour le nouveau directeur général, l’essentiel est de «rester en lien étroit avec nos clients industriels, tout en resserrant nos collaborations avec les centres de recherche et développement suisses et européens. Mais surtout avec les hautes écoles, EPFL et HES, qui nous fournissent la matière première: les ingénieurs et les résultats de leurs recherches.» Faisant le lien entre les institutions académiques et les entreprises, le centre mène en effet des recherches appliquées. Jusqu’ici, ses disciplines de prédilection concernaient la microet la nanotechnologie, la microélectronique, l’ingénierie des systèmes, ainsi que les technologies biomédicales. «Nous poursuivrons cette tradition, avec une vision technologique et stratégique claire», précise Mario El-Khoury, qui souhaite aussi mettre les plateformes technologiques de l’institution au service de la gestion et de l’optimisation de l’énergie.
Basé à Neuchâtel, le CSEM a ouvert, ces dernières années, des divisions en Suisse alémanique (à Zurich, Bâle, Alpnach et Landquart). Un moyen pour lui d’être «plus proche de ses partenaires économiques locaux», mais aussi de bénéficier de subventions cantonales. Actuellement, des pourparlers sont en cours pour faire de même dans le canton du Valais. Mais pas question, pour Mario El-Khoury, que cette ouverture se fasse aux dépens du site de Neuchâtel: «C’est la colonne vertébrale du CSEM!»
L’épine de l’île solaire. L’établissement s’était aussi lancé dans la création de start-up et de spin-off – une trentaine au total. Dans ce domaine, le nouveau directeur veut encore poursuivre dans la voie ouverte par son prédécesseur. Lorsqu’on lui fait remarquer que plusieurs de ces jeunes pousses sont mal en point, il reconnaît que certaines d’entre elles «souffrent de la conjoncture». Mais il n’est pas prêt à renoncer pour autant. «Nous analyserons la situation au cas par cas et, quand ce sera possible, nous essaierons de trouver des acquéreurs. Toutefois, nous ne maintiendrons pas en coma artificiel les entreprises qui nous sembleront être sans avenir.»
Reste une épine dans le pied du nouveau promu: le prototype d’île solaire, construit à Ras al-Khaimah (RAK) aux Emirats arabes unis, est dans la tourmente. Le principal investisseur, RAKIA (RAK Investment Authority), est entré en conflit avec Thomas Hinderling et son CEO Kather Massaad a menacé dans nos colonnes de «l’attaquer en justice» (lire L’Hebdo du 22 octobre 2009).
Cette tempête de sable ne semble pas troubler le calme de Mario El-Khoury. Il n’a rencontré Kather Massaad – lui aussi libano-suisse et ancien de l’EPFL – «qu’une seule fois, avant que le CSEM engage cette collaboration avec lui». Mais il estime que «le malentendu (entre l’homme d’affaires et le CSEM) est en train de se dissiper». Considérant que Ras al-Khaimah est «l’endroit idéal» pour développer l’île solaire, il souhaite pouvoir y faire avancer le projet. «Sinon, nous sommes prêts à redémarrer la construction de cette plateforme ailleurs et au plus vite, afin que d’autres ne grignotent pas notre avance.»
Le ton n’est pas à la polémique. Et l’on croit volontiers Mario El-Khoury lorsqu’il dit tenir beaucoup à «l’harmonie». Dans tous les sens du terme, puisque dans sa vie privée, ce chrétien engagé qui a l’esprit de famille, cite parmi ses principaux hobbies la musique – «plutôt classique» et lorsqu’elle est jouée par ses enfants. Du côté professionnel, il aime «les grands défis»; ceux qui lui donnent l’envie de se battre «pour que la Suisse reste compétitive». A la tête du CSEM, il aura sans doute l’occasion d’en surmonter plus d’un.
«LE SITE DE NEUCHÂTEL EST LA COLONNE VERTÉBRALE DU CSEM!» Mario El-Khoury, directeur général
MARIO EL-KHOURY
1963 Naît au Liban. 1987 Reçoit un diplôme d’ingénieur électricien de l’EPFL. 1992 Chef de projet chez Portescap SA, La Chaux-de-Fonds. 1994 Entre au CSEM. 2000 Obtient un MBA à HEC-Unil. 2008 Nommé directeur opérationnel. 1er novembre 2009 Nommé directeur général du CSEM.
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