Pourquoi une radio anglophone nationale au sein de la SSR? Jacques Pilet s’interrogeait la semaine dernière dans ces colonnes sur l’utilité de WRS (World Radio Switzerland). Son conseil à la SSR était évidemment de tirer la prise au motif que la chaîne contribuerait en réalité, selon lui, à offrir un «oreiller de paresse» à ses auditeurs qui n’auraient pas besoin d’apprendre les langues nationales.
L’ANGLAIS NE MENACE NULLEMENT LES LANGUES NATIONALES, IL S’Y AJOUTE, SIMPLEMENT.Il faut le dire d’entrée, contrairement à ses affirmations, la suppression de la chaîne n’est pas à l’ordre du jour. Les ressources, les conditions globales du développement de cette radio nationale complémentaire de niche sont, en revanche, sur fond d’optimisation, analysées comme d’ailleurs toute l’offre de la SSR.
Pourquoi WRS donc? Et plus important encore, pour qui? Simplement parce que l’anglais fait aujourd’hui bel et bien partie de l’histoire de la Suisse. Au-delà de nos voisins proches, c’est souvent par l’anglais que la Suisse se présente au monde. Symétriquement, des imprécations du colonel Kadhafi aux pressions de Washington, c’est en anglais que très souvent aussi le monde s’offre à notre pays.
De l’économie à la finance, de la haute éducation à la recherche, du tourisme à l’industrie et l’humanitaire, du sport de pointe au design et à l’architecture, l’anglais apparaît partout. Il ne menace nullement les langues nationales, il s’y ajoute, simplement.
Si le Conseil fédéral a, il y a un peu plus de deux ans, octroyé une concession à WRS, c’est parce qu’il a justement compris que le rôle du service public est aussi d’identifier et de révéler les tendances lourdes qui façonnent la Suisse.
Or, le développement de l’«anglosphère» en Suisse, cette population faite d’anglophones, d’anglophiles et d’anglo-professionnels qui vit et travaille dans notre pays, en est indéniablement une.
Jacques Pilet limite cette population à des «expats incapables de se mettre au français ou à l’allemand, désireux de ne rien rater de la météo ou des intrigues du palais fédéral». Mais l’anglosphère est infiniment plus large qu’un groupe sociodémographique privilégié: c’est aussi le monde européen de l’après-Schengen ou de ceux charriés par des flux migratoires nouveaux pour qui l’anglais est déjà une deuxième langue, hésitante, difficile, mais qui sert souvent de première planche de salut linguistique et de communication lorsqu’ils arrivent en Suisse.
L’intégration passe d’abord par la compréhension. A ceux qui ne maîtrisent pas ou pas encore les langues nationales WRS raconte ainsi la Suisse en anglais, pour la rendre lisible et accessible. Elle ne leur dit pas les «intrigues» du palais fédéral mais les rend familiers avec les mécanismes et les fonctionnements de la démocratie helvétique.
Elle leur souligne les tendances, balise la route de leur découverte de notre réalité. Serait-ce un hasard si les pointes élevées de trafic sur notre site worldradio.ch coïncident avec les élections au Conseil fédéral commentées en direct à l’antenne?
A WRS la Suisse, donc, à la BBC le monde. La «Beeb» était à l’époque actionnaire. Elle aurait pu se retirer lorsque la chaîne a été intégrée dans la SSR. Elle a demandé à maintenir ce partenariat. D’autres radios publiques anglophones enrichiront bientôt notre programme.
Au-delà de notre public étranger, près de 70 000 auditeurs suisses nous écoutent au quotidien; ils entendent autre chose sur WRS que sur les médias nationaux: des étrangers qui posent un regard différent sur la Suisse, des Romands et des Alémaniques qui ne parlent souvent pas ensemble et qui soudainement débattent sur un terrain linguistique neutre, à handicap égal.
WRS un oreiller de paresse? Really? Plutôt un oreiller d’échange, de compréhension, de découverte.
PROFIL
PHILIPPE MOTTAZ
1953 Naissance à Yverdon.
1979 Quatre ans en freelancer à New York, puis onze à Washington comme correspondant pour la TSR.
1994 Retour en Suisse. Rédacteur en chef du TJ, puis directeur de l’information TSR.
2001 Directeur d’i-TSR, devenue tsr.ch. Lancement du site.
2002 Création de la société Anyscreen Sàrl.
2007 Directeur de WRS.
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