EDITO
Une scandaleuse impuissance

Par Alain Jeannet - Mis en ligne le 15.08.2012 à 11:21

Ce spectacle hallucinant ne cessera donc jamais: dans toute la Suisse, mais plus encore au centre de Lausanne, à la rue de Bourg, les vendeurs de cocaïne font tourner une sorte de supermarché de la came à ciel ouvert. L’été passé, nous consacrions un long article à ce que nous avions appelé le «royaume des dealeurs» (L’Hebdo du 7 septembre 2011). Il y a sept ans déjà, nous publiions en couverture de ce magazine une longue enquête sur les réseaux des Africains de l’Ouest, qui tiennent le trafic de la poudre blanche (L’Hebdo du 19 mai 2005). Le ras-le-bol n’a fait qu’augmenter depuis. Est-il vraiment hors de portée de la Municipalité et du canton de Vaud d’empoigner le problème? Et quid des autorités suisses?

Dans le jargon du métier, les sujets que nous traitons très régulièrement sont qualifiés de «marronniers». Ceux que nous sommes forcés de reprendre de manière répétée, comme dans ce cas, méritent, eux, le terme de «scandales». En l’occurrence, l’impuissance de la police et de la justice face aux petits revendeurs est inacceptable (et incompréhensible).

Les effets de ce laxisme sont évidents. Les trafiquants de rue font la pire des pubs pour la politique d’asile suisse. Ils la minent. Cette impunité érigée en système finit surtout par discréditer l’autorité. C’est devenu la ritournelle des habitants du centre de Lausanne: «J’oublie de mettre mon disque bleu, on me colle une amende. Les dealeurs, eux, rigolent.»

Mais la chasse aux petits revendeurs ne suffira pas. Il faut s’attaquer aux grossistes. Ces dernières années, ce sont principalement les ressortissants du Nigeria qui ont mis la main sur la distribution de la cocaïne en Suisse. Ce sont eux qui traitent avec les cartels sud-américains, même s’il reste difficile de reconstituer précisément des circuits qui évoluent sans cesse (lire l’enquête de Tasha Rumley et Séverine Saas en page 12).

La guerre mondiale contre la drogue telle qu’elle a été menée jusqu’ici a échoué, comme le dit Ruth Dreifuss, membre d’une éminente commission internationale sur le sujet. Voilà pourquoi il faut explorer de nouvelles stratégies. Y compris débattre d’une possible libéralisation. Autre priorité, selon l’ancienne conseillère fédérale: poursuivre la lutte contre le recyclage de l’argent tiré du commerce illicite, «frapper là où ça fait mal», pour reprendre ses termes (lire son interview et l’article de Jacques Pilet en pages 18 et 19).

Il n’y a pas de solution simple dans la lutte contre le trafic et la consommation de stupéfiants. Mais la permissivité observée en Suisse romande, et en particulier à Lausanne, doit cesser. Le réveil tonitruant du syndic Daniel Brélaz, arrivant le bec enfariné, si l’on ose dire, et qui promet de mettre fin à la scène ouverte de la drogue d’ici à 2013 ou 2014, a quelque chose de pathétique. Il est terriblement tardif et provincial. Et passe sous silence le rôle des gros bonnets connectés aux réseaux internationaux. Installés au cœur de la ville, ce sont eux, pourtant, qui fournissent les fourmis et encaissent les vrais profits.

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