Une Suisse à neuf cantons et 550 communes d’au moins 10 000 habitants? Ce n’est pas la première fois qu’un réformateur du fédéralisme passe à l’offensive. Cette fois-ci pourtant, la démarche est d’autant plus intéressante qu’elle émane de l’ancien directeur de l’Office fédéral du développement territorial, un homme qui, durant près de dix ans, s’est retrouvé en première ligne pour mesurer les limites d’un fédéralisme tantôt coûteux, tantôt inefficace.
Pierre-Alain Rumley, l’auteur de La Suisse de demain*, a l’identité si plurielle qu’on ne peut pas le cataloguer pour mieux rejeter son discours. Ce Neuchâtelois de 60 ans est né dans une région périphérique, le Val-de-Travers, avant de faire une carrière professionnelle dans des grandes villes des deux côtés de la Sarine. Membre du Parti socialiste, il tente constamment de trouver des équilibres entre les métropoles et leur arrière-pays. Impossible de l’accuser de néolibéralisme débridé. A la fin de 2008, ce haut fonctionnaire n’a pas hésité à renoncer à son poste pour mettre les mains dans le cambouis et vivre la naissance de la commune de Val-de-Travers en tant que conseiller communal presque sans moyens. Difficile de le traiter de technocrate.
Même le Conseil fédéral le reconnaît: le fédéralisme s’essouffle. Le tout premier à le constater a été le professeur et économiste Walter Wittmann dans un essai (Suisse, la fin d’un mythe) paru en 1998 prônant la création de cinq régions. En 2005, sous la plume de Hansjörg Blöchliger, le laboratoire d’idées d’Avenir Suisse a dénoncé les entraves au commerce que pouvait constituer le fédéralisme dans la mise en œuvre laborieuse d’un marché intérieur débarrassé de ses frontières cantonales. Peu après, les architectes Roger Diener, Jacques Herzog, Marcel Meili, Pierre de Meuron et le sociogéographe Christian Schmid ont aussi fait événement en livrant un détonant portrait d’une Suisse urbaine.
Aujourd’hui, c’est Pierre-Alain Rumley qui suscite le débat, mû par «l’urgence de s’atteler à la tâche», par exemple à la réalisation d’un canton de l’arc jurassien à douze communes afin d’échapper à sa marginalisation dans la Suisse de demain. Une Suisse dont il fait remarquer qu’elle a peu bougé sur le plan des réformes territoriales, contrairement à de nombreux pays européens. Avec la France et le Portugal, notre pays, même s’il a perdu 500 communes en dix ans, reste l’un de ceux dont les entités sont les plus petites.
* La Suisse de demain: de nouveaux territoires romands, un nouveau canton du Jura. Editions Presses du Belvédère.
L’ESSENTIEL EN 3 POINTS
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