Uruguay mon amour
Carolina De Robertis livre une ample et belle saga familiale sud-américaine.
Pajarita, Eva, Salomé, Victoria. Quatre prénoms, quatre femmes qui se passent le témoin d’une génération à l’autre dans la belle et poignante saga familiale de Carolina De Robertis. Née en 1975 de parents uruguayens, ayant grandi entre l’Angleterre, la Suisse et les Etats-Unis, l’écrivaine signe un miraculeux premier roman qui a, dès sa parution en anglais l’an dernier, remporté tous les suffrages, best-seller aux Etats-Unis, en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Italie.
Suivant avec intensité l’histoire heurtée de l’Uruguay, «Suisse de l’Amérique» fondée par les Espagnols et coincée entre le Brésil et l’Argentine, La montagne invisible tisse un lien d’une rare ampleur allant de l’envoûtante Pajarita, littéralement tombée d’un arbre bébé puis, jeune fille, enlevée par un fabricant de gondoles arrivé de Venise à Montevideo en 1911, à Salomé et sa fille Victoria, prises dans la tourmente de la dictature militaire des années 70. Clairement influencée par le réalisme magique d’un Garcia Márquez ou d’une Isabel Allende, grande admiratrice de Toni Morrison, Faulkner ou Rushdie, Carolina De Robertis a puisé dans sa propre histoire familiale – notamment la figure de sa grand-mère, la poétesse Tonita Semelis –, pour concevoir un roman fascinant, nourrissant et personnel. Celui d’une écrivaine convaincue que «tout ce qui disparaît n’est jamais perdu», comme Salomé l’écrit à Victoria, sa fille née en prison et qui l’appelle «ma tante», d’une plume sensuelle et poétique persuadée de l’importance des racines, de l’influence de l’histoire sur les faits et gestes du quotidien, de la transmission et des vérités silencieuses.
La montagne invisible. De Carolina De Robertis. Belfond, 380 p.
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