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Par Séverine Saas - Mis en ligne le 11.07.2012 à 12:47 |
«Les vacances des politiciens, c’est comme les bonus des managers: en temps de crise, il y a un appel à la modération. D’autant qu’avec la surmédiatisation, les gens finiront toujours par savoir où ils vont.» Christian Lüscher, conseiller national et vice-président du PLR, est clair. En cette période de congés, des équipes de communication profitent de la curiosité des médias pour distiller les renseignements qui taillent aux politiciens un costume de vacanciers frugaux. «C’est classique: on répond aux questions avant qu’elles ne soient posées pour banaliser l’information», note Marc Comina, conseiller en communication à Lausanne. Un mot qui n’existe pas. A Berne, on se défend de s’abaisser à de tels calculs. «Il n’existe aucune stratégie de communication. Les conseillers fédéraux n’ont d’ailleurs pas tous dit où ils allaient», assure André Simonazzi, porte-parole du Conseil fédéral. Ce qui est en revanche médiatisé au maximum chaque année c’est la sortie du Conseil fédéral, à l’invitation de la présidente ou du président. Terroir, simplicité, camaraderie et chemises à manches courtes: team building à l’ancienne et photos souriantes. Ancien ministre, Adolf Ogi va jusqu’à affirmer que le mot «vacances» n’existe pas: «On est toujours en charge.» «Ce discours est une légère exagération qui met en avant la valeur du travail, très ancrée en Suisse», réagit Patrick Amey, maître d’enseignement et de recherche à l’Institut des sciences de la communication, des médias et du journalisme de l’Université de Genève. Economie, écologie. Avec ou sans communiqué de presse, les politiciens font aujourd’hui preuve de sobriété. En France, le fort de Brégançon, résidence estivale traditionnelle des présidents de la République, est jugé trop «ostentatoire» par l’entourage de François Hollande: il ne devrait «normalement» pas prendre de vacances cette année. Angela Merkel est attendue dans le Tyrol du Sud, après avoir écouté un opéra à Bayreuth. Pour son homologue italien Mario Monti, un des rares Européens à sortir de son pays cette année, ce sera… la Suisse, à Silvaplana. La valeur sûre 2012, en Suisse aussi, c’est de rester près de chez soi: économie, écologie. Eveline Widmer-Schlumpf rentrera dans les Grisons, Didier Burkhalter à Neuchâtel, Simonetta Sommaruga dans sa maison des environs de Berne. Patriotisme? «Non, c’est un hasard», répond André Simonazzi. Le président du PDC Christophe Darbellay reconnaît pourtant «qu’en période de crise, il y a une sorte de repli identitaire». A quoi reconnaît-on des vacances politiquement correctes? «Il ne faut pas qu’elles soient hors de portée du commun des mortels», répond Patrick Amey. «Il faut être cohérent avec la politique de son pays», ajoute Marc Comina. Sur leurs gardes. Si les puissants ou gouvernants sont en ligne de mire à la moindre bourde (la catastrophique chasse à l’éléphant au Botswana du roi d’Espagne), un phénomène a tendance à se généraliser: même certains parlementaires refusent d’en parler. Ou alors seulement quand ils partent à la montagne, jamais pour les Caraïbes ou les Maldives. «Les vacances sont l’un des rares espaces de liberté où les élus peuvent dire quelque chose d’eux-mêmes et se façonner une image auprès des citoyens. Les gens s’intéressent à la personne qui se cache derrière la fonction, et les politiciens le savent», poursuit Patrick Amey. On est donc loin de l’époque où le premier ministre anglais Tony Blair se pavanait dans une villa chic en Toscane et où Moritz Leuenberger se faisait surprendre en maillot de bain sur une plage d’Oman. Cette année, c’est les trois S: suisse, sobre, simple. |









