Quelle pagaille en ce début d’année. Le Conseil d’Etat genevois affiche le spectacle de son impuissance à gérer ses projets et sa collégialité. Le Gouvernement neuchâtelois est obligé de préciser officiellement que deux de ses membres se parlent. Et les ministres vaudois, tout fiers d’avoir «sauvé» 320 postes de travail sur le site de Novartis à Prangins, sont critiqués par des collègues d’autres cantons, par presse interposée toutefois plutôt que les yeux dans les yeux.
Quand les conseillers d’Etat se disputent et sont inefficaces, ils désolent, quand ils réussissent, ils énervent. Beau paradoxe de l’époque.
L’agacement suscité par les Vaudois, plus rare que la désunion gouvernementale, interpelle. «Ce qui est bon pour Vaud devrait être perçu comme bon pour toute la Suisse», se défend le collège qui croit décerner dans la curée une basse jalousie.
Et si le malaise révélait un fossé de nature culturelle? En se battant pour sauver une activité industrielle, en ne se résignant pas devant l’empire d’une multinationale, le Conseil d’Etat vaudois, flanqué des syndicats et soutenu par toute une région, n’a fait que son noble et humble boulot. Alors que l’on désespère que l’Union européenne parvienne à imposer sa loi face aux diktats des marchés, il a récusé tout fatalisme économique, cherché des solutions concrètes, usé de sa marge de manœuvre. Il a osé accomplir ce pourquoi un peuple se choisit périodiquement des autorités. Il a fait de la POLITIQUE. Un exploit dans un continent livré pieds et poings liés à la récession. Une vraie leçon pour ceux qui aiment confiner l’Etat dans le rôle de pompier ou de gestionnaire effacé et complaisant sans imagination et sans courage.
LE CONSEIL D’ÉTAT VAUDOIS A FAIT DE LA POLITIQUE.
Le secret fiscal qui entoure le deal de Prangins est bien sûr gênant. Puisque tout est légal, béni par le Seco et par le chef du Département fédéral de l’économie, Johann Schneider-Ammann, pourquoi redouter la transparence?
Ceux qui vitupèrent l’arrangement seraient plus crédibles s’ils avaient été, quand les propositions étaient sur la table, des partisans d’une harmonisation fédérale dure mettant fin à la concurrence fiscale débridée entre les cantons. Ils ne l’étaient pas, ils l’ont même combattue. Vaud n’a fait qu’utiliser la liberté que la loi concède à nos micro-Etats d’adapter les instruments fiscaux aux nécessités du lieu.
Dans le ménage confédéral, la vaisselle cassée entre cantons fait très mauvais genre. Elle signale une nervosité, des pannes institutionnelles, une absence de compréhension et de respect que l’on croyait réservées jusqu’ici au seul petit théâtre bernois. C’est inquiétant.
| Dossier 'Canton de Genève' | | |
Tags: Conseil d'Etat, politique Suisse, gouvernement,
|