ABSURDE Au gymnase intercantonal de la Broye, les Fribourgeois suivent quatre ans de cursus et les Vaudois, trois ans seulement. Un symbole des disparités. GAETAN BALLY - KEYSTONE
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Le piège de la réforme vaudoise. Epinglé par Evamar II, le canton de Berne a pris les devants. Dans un rapport de 2009, il préconise d’allonger le cursus à quatre ans, avec toutefois une pirouette: les écoliers en filière exigeante entreraient au gymnase en 9e déjà, pour y suivre quatre ans de cours. Ainsi, la scolarité globale ne serait pas rallongée – ce qui permet d’éviter l’explosion des coûts – car ces élèves-là quitteraient l’école obligatoire en 8e. Ce système, déjà utilisé dans la partie alémanique du canton et dans plusieurs cantons de Suisse centrale, fait cependant une infidélité à HarmoS, qui vient de fixer la scolarité obligatoire (enfantine, primaire, secondaire) à 11 ans. Pourtant, Berne espère le généraliser lors de la réforme de la loi scolaire, en 2012.
A l’inverse, en terres vaudoises, la réforme de la loi scolaire corsera la donne. La cheffe de l’Instruction publique Anne-Catherine Lyon proposera en début d’année aux citoyens de remplacer les filières (VSB, VSG, VSO) à l’école obligatoire par un tronc commun.
Si la socialiste gagne la partie – ce qui est loin d’être certain, vu le blocage de la droite –, elle condamne son gymnase en trois ans. «Il serait difficile de conserver le statut particulier du canton de Vaud», confirme Mario Castioni, vice-président de la Commission suisse de maturité (CSM), organe chargé de reconnaître les diplômes. Car si la filière prégymnasiale disparaît, il devient difficile de justifier que la 9e fasse office de 1re de gymnase. La réforme voulue par Anne-Catherine Lyon la mènerait malgré elle vers la maturité en quatre ans, ce qu’elle dément (lire l’interview ci-après).
La pression sur Vaud – que le poids démographique rend incontournable – vient de toutes parts. Des cantons alémaniques, ravis d’avoir reçu une gommette d’Evamar II, des universités et EPF, qui se plaignent des lacunes des bacheliers en maths et en français, et des groupes d’experts qui se sont penchés sur la durée idéale du cursus (CSM, Plateforme gymnase, Conférence des chefs de service du secondaire II).
Mais, pour le canton, la création d’une quatrième année constituerait un énorme sacrifice financier, chiffré à plusieurs dizaines de millions. Pour contrer les attaques, Vaud brandit l’arme de la cohérence: «S’il s’agit vraiment d’harmoniser, alors il faut que les cantons qui comptent six ans de gymnase (AI, GL, GR, LU, NW, OW, SG, UR, ZH, ZG) passent aussi à quatre ans», exige Séverin Bez, directeur de l’Enseignement postobligatoire vaudois. L’argument fait frémir jusqu’à la CDIP, qui affirmait en 2009 que «les résultats des élèves sont meilleurs quand la formation gymnasiale dure plus longtemps. Il faut donc viser une durée de quatre ans au moins et maintenir et soutenir les gymnases de six années quand ils existent.»
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