Plus de dix ans que ça dure! Si bien qu’un phénomène de pénurie généralisée est observé dans le canton de Vaud, sauf à Aigle où la situation est un peu moins aiguë. Au 1er juin 2011, le taux de vacance à la location s’établissait à 0,5%, alors qu’un marché équilibré exigerait 1,5%. La tension est la plus forte dans les districts de Lausanne et de l’Ouest lausannois. Avec un taux de vacance de 0,4%, Nyon et la région Lavaux-Oron ne sont pas en reste.
Depuis 2007, le canton de Vaud a gagné 40 000 habitants, ce qui correspond à une demande de 20 000 logements. Durant cette période, le marché n’a construit que 3000 logements par an, soit un peu moins de la moitié de la demande. La pénurie touche toutes les tailles de logement. Le taux de vacance le plus bas concerne les 2 et 3-pièces (0,4%), et le taux le plus haut, les 6-pièces et plus.
Comme le souligne Philippe Thalmann, professeur d’économie à l’EPFL, dans l’étude Logements vaudois, analyse de la pénurie publiée en mars 2011, la crise du marché immobilier crée une forme d’inertie: «Les prix immobiliers et les loyers grimpent vers des sommets qui les rendent inabordables pour une bonne partie de la population, laquelle ne peut plus bouger de son logement.»
Ce qui conduit des familles, mais également de jeunes couples et des étudiants – les plus touchés par la pénurie – dans des situations parfois dramatiques. Sans parler des divorcés, qui sont toujours plus nombreux et doivent trouver un logement dans l’urgence.
Ainsi, au 15 août dernier, seulement cinq logements à loyer modéré étaient inscrits sur le site internet de la ville de Lausanne (www.lausanne.ch/logements). Alors que le parc locatif vaudois, qui offre quelque 200 000 logements à la location, dispose d’environ 13 000 appartements subventionnés! En avril, l’Asloca a lancé une initiative populaire pour soutenir la construction d’appartements et contraindre canton et communes à investir dans le logement à loyer modéré.
Y aller au culot. A Lausanne, aucune zone n’est épargnée. Il va de soi que les quartiers où il a toujours été difficile de trouver un appartement (Sous-Gare, Ouchy, Chailly) sont d’autant plus bouchés. Sarah Mottaz N’Dele, chasseuse d’appartements et directrice d’Accessimmo: «Une personne seule qui cherche un 3-pièces Sous-Gare à Lausanne mettra du temps à trouver. Mais il y a des coups de chance.»
Et d’illustrer par le cas de ces clients qui se sont permis de renoncer à deux reprises à l’appartement qui leur avait été attribué. Le troisième a été le bon. «Ces personnes venaient de Neuchâtel où le marché est très différent. Sans doute n’avaient-elles pas tout à fait conscience de la tension qui règne sur le marché immobilier vaudois», apprécie la patronne d’Accessimmo.
Auteur de l’ouvrage Travailler en Suisse (lire aussi en page 45), David Talerman a lui-même expérimenté une astuce qui lui a permis, il y a quelques années, de décrocher un logement à la régie de Rham, Lausanne: «Une collègue a proposé de m’accompagner pour la visite. Quand je me suis présenté pour déposer mon dossier, elle a dit que nous venions de la part de M. de Rham. Et ça a marché, j’ai eu l’appartement!»
Directeur de Régimo Lausanne SA, Patrick Wicht déconseille carrément de recourir au piston: «C’est plutôt contre-productif. L’attribution d’un logement se fait principalement sur dossier. Si vous avez le choix entre cinq bons dossiers, vous pouvez les mettre dans n’importe quel ordre: vous aurez toujours quatre candidats, bien sous tous rapports, qui seront extrêmement déçus.»
D’autres méthodes font recette. Repérer les chantiers et se renseigner afin d’obtenir le nom de la régie qui administrera l’immeuble: certaines gérances acceptent d’enregistrer les locataires intéressés. Elargir sa zone de recherche est souvent salutaire. Et question finances, sortir des grands centres permet d’économiser quelques deniers, pour autant qu’on soit relié par les transports publics.
En un an à Lausanne et environs, les loyers de l’offre ont augmenté de 3,8% contre seulement 2,1% autour de Vevey et 2,4% sur Aigle. Si on se déplace jusqu’à Yverdon-les-Bains, on ne paiera que 200 francs le mètre carré par an (attention, la capitale du Nord vaudois manque cruellement de logements subventionnés), contre 260 francs à Lausanne et plus de 300 à Nyon. Le record de cherté est détenu par Commugny et ses 343 francs!
Les petites annonces peuvent réserver de belles surprises. Repéré sur anibis.ch: «Cherche à échanger à Lausanne Sud grand appartement, ancien style (avec une cuisine non agencée), 3,5 pièces, 80 m2, 775 francs par mois.» L’annonce laisse songeur et fleure bon l’arnaque. Le locataire, qui souhaite garder l’anonymat, persiste et signe: «J’habite mon appartement depuis 1996, donc depuis quinze ans.
Le loyer à mon entrée était plus élevé que maintenant (environ 1000 francs par mois). Comment est-ce possible? Il suffit de demander toutes les baisses de loyer auxquelles la loi nous donne droit et de poursuivre les démarches aussi loin que nécessaire pour les obtenir. Il importe en plus de contester toutes les hausses de loyer dont généralement une part est injustifiée. Tout cela en se faisant accompagner par de bons défenseurs comme l’Asloca.» Qui n’a pas encore contesté son loyer? Marche à suivre en page 37.
La troisième voie. Avec 11 992 logements en coopérative d’habitation, le canton de Vaud est le mieux doté de Suisse romande en la matière. «L’avantage des coopératives, c’est que plus le temps passe, plus les loyers sont intéressants», souligne Roger Dubuis, secrétaire général romand de l’Association suisse pour l’habitat (ASH), qui fédère les coopératives et autres fondations.
La demande est forte et l’attente peut s’avérer longue. Avec la pénurie, l’offre fait d’autant défaut. «A Lausanne, pour les derniers 250 logements neufs qui ont été construits, nous avons reçu plus de 1000 demandes!», illustre Roger Dubuis. La SCHL, Société coopérative d’habitation Lausanne (www.schl.ch), est l’une des plus grandes coopératives de Suisse. Elle dispose d’un parc locatif de quelque 2000 logements dans la région lausannoise.
Pour pouvoir louer un logement de la SCHL, il faut d’abord en devenir membre, c’est-à-dire faire une demande d’admission, payer les 20 francs d’inscription et souscrire trois parts sociales de 300 francs chacune. Si vous devenez locataire, vous devrez souscrire trois parts supplémentaires par pièce que compte votre appartement. Simple, mais l’attente peut s’avérer interminable.
Bon plan
Mesure rare pour loyer exceptionnel
On peut habiter à la rue du Midi à Vevey, à moins de deux minutes à pied du lac, dans un appartement moderne de 4,5 pièces de 100 m2, et ne payer que 2100 francs de loyer mensuel, charges comprises. Ce petit miracle, dix-huit locataires en profitent. Parmi eux, Maya, jeune mère de famille, qui a emménagé il y a cinq ans dans la résidence.
La clé du sésame? Les logements, construits il y a huit ans, bénéficient d’une mesure imposée par le Service vaudois de l’économie, du logement et du tourisme (SELT). A l’époque, le SELT avait autorisé la construction des immeubles – qui avait nécessité de raser 14 logements anciens et de réunir deux parcelles – à une condition: qu’une partie des nouveaux logements soient mis en location durant dix ans aux conditions des anciens appartements rénovés, c’est-à-dire à 209 francs annuels le mètre carré.
Cette mesure, qui garantit une forme de mixité au sein d’un quartier huppé, arrivera à échéance le 1er août 2013. Pas question de contester: le bail, long comme un jour sans pain, précise toutes les modalités!
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