La chronique de Jacques Pilet
Vers la taxe bancaire
Les grandes banques suisses ont donc mis au pas les partis bourgeois. Vous voulez que l’on continue de vous financer? Alors, faites comme on vous le dit. Acceptez l’accord UBS. Cessez de parler de nos salaires mirobolants. Ne vous obstinez pas à exiger de nous davantage de fonds propres. Cessez de nous casser les pieds avec vos considérations sur le «too big to fail», nous voulons rester des géants et ce n’est pas demain la veille que vous nous obligerez à changer notre modèle économique.
Le Parlement helvétique a plié devant ces exigences avec une docilité pathétique. Et ce n’est pas tout. Les mêmes banquiers ont maintenant déclaré la guerre au nouveau président de la Banque nationale. Philipp Hildebrand, issu pourtant de la branche, a eu le malheur de contredire ses anciens collègues. Il juge la taille d’UBS et du Credit suisse «préoccupante». En cas de nouveaux désastres, les pouvoirs publics seraient débordés. Pire: le superbanquier central s’entend avec ses pairs internationaux pour imaginer les nouvelles conditionscadres qui pourraient limiter les périlleux excès de l’industrie financière. Du côté de la Bahnhofstrasse, la colère gronde, la star d’hier est devenue l’homme à abattre.
Mais l’issue de cet affrontement entre la politique et la finance n’est pas jouée. En Suisse, Parlement et gouvernement se couchent. Mais, en Europe, de grandes manœuvres ont commencé.
Poussés par la France et l’Allemagne, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne réunis à Bruxelles ont décidé, le 17 juin, d’introduire une taxe sur les transactions financières. Ils proposeront d’en faire une mesure mondiale lors du prochain sommet du G20 à Toronto. Ils n’y parviendront pas, car plusieurs pays s’y opposent d’ores et déjà. Mais l’Europe tiendra bon. Les modalités pratiques seront difficiles à fixer. Mais le principe est posé: la fiscalité doit être renforcée pour le monde financier. Pourquoi? Pour avoir de quoi financer d’éventuels plans de sauvetage en cas de récidive des dérapages, pour «garantir un fardeau équitable de la crise», dit-on.
L’argumentation est courte. Car il y a de bonnes raisons de réviser les impôts bancaires indépendamment des carambolages d’il y a deux ans.
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