Marine Le Pen jubile: le Front national cavale en tête des intentions de vote aux présidentielles françaises de 2012. Elle n’a aucune chance d’être élue, mais jamais ce parti d’extrême droite n’a atteint une telle popularité.
La stratégie du chauvinisme peut payer à court terme. Pas dans la durée.
La dame est finaude. Elle donne l’explication de ce succès: c’est Sarkozy qui lui sert de marchepied. A l’annonce d’un débat voulu par l’UMP sur l’islam, elle eut ce mot: «Encore un petit effort, un petit débat, un petit blabla sur l’islam, la laïcité, et je pense effectivement que nous pourrons terminer la présidentielle à 25%.»
Claire démonstration: à force de courir dans le sillage des hypernationalistes, à force de brandir des thèmes «identitaires» et d’attiser l’islamophobie, les partis traditionnels, loin d’éroder le capital de leurs rivaux d’extrême droite, les renforcent. Parce que, c’est connu, l’électeur préfère l’original à la copie.
Cela n’empêche pas le président de la République, au tréfonds du mésamour, d’en rajouter sur «les racines chrétiennes de la France», allant se pâmer dans une cathédrale romane, lisant un discours rédigé par un conseiller venu de l’extrême droite: très à l’aise dans l’exaltation historique, moins en forme face aux cassetête actuels, tels que le chômage, la pauvreté, l’atonie économique.
La France n’est pas seule à risquer le jeu où la droite dite modérée s’appuie de fait sur le programme des extrémistes. En Italie, Berlusconi s’accroche au pouvoir grâce au soutien de la Ligue du Nord, championne de la xénophobie.
Aux Pays-Bas, les libéraux et les conservateurs ont arraché une courte majorité en s’alliant au parti de Geert Wilders, pourfendeur obsessif des musulmans.
En Suisse, les radicaux-libéraux ne font pas autre chose. Leur aile romande le sait trop bien: ses critiques à l’endroit de cette stratégie n’ont été d’aucun poids. Leur slogan, «pour l’amour de la Suisse», répond à celui du rival qui fascine: «Les citoyens votent UDC». Façon de dire: ceux qui préfèrent un autre parti et ne sont pas vraiment de bons Suisses.
Il y a mille raisons d’aimer ce pays. Mais cette invocation préélectorale est suspecte. Elle cache le flou des programmes. Déplace le débat du terrain de la raison vers celui de l’émotion. Suggère que trop de gens ne vénèrent pas suffisamment le drapeau, et surtout, que trop d’étrangers en portent un autre dans leur cœur.
Les démocrates-chrétiens suivent le mouvement avec cette affirmation: «Les Suisses heureux votent PDC.» Curieuse récupération du bonheur individuel à des fins politiciennes. Etrange façon de renvoyer les mécontents vers d’autres partis. Mais peut-il y en avoir dans un Etat si parfait?
Nos amours privées nous l’apprennent, les déclarations trop insistantes ne sont pas toujours au-dessus de tout soupçon: elles masquent souvent l’ombre du tableau. A trop en faire… Les bonimenteurs de la politique devraient y songer: cette débauche de patriotisme finira par éveiller la méfiance.
La stratégie du chauvinisme peut payer à court terme. Pas dans la durée. Parce que le pays réel ne ressemble pas forcément à l’image que s’en font les stratèges des partis.
On croyait les Arabes résignés, mentalement enfermés entre leurs imams et leurs dictateurs, et les voilà qui bouleversent les clichés, se mettent à faire vibrionner sur internet, à chanter la modernité et la liberté. Et si les Suisses, un jour, un printemps, surprenaient le monde?
Tant d’entre eux veulent en finir avec les trouilles étalées sur affiches, beaucoup sont fatigués de voir la croix blanche sur fond rouge devenue un outil de marketing commercial et politique. Ils sont nombreux aussi, ceux qui n’en peuvent plus de voir diaboliser ceux qui viennent d’ailleurs.
Ils n’ignorent rien des problèmes, mais veulent que l’on parle aussi d’autre chose: le plaisir de brasser les cultures. A preuve, les mariages binationaux sont toujours plus nombreux: 37,5% (16% il y a quarante ans).
Au travail, les Suisses côtoient une foule d’étrangers à tous les niveaux et n’en font pas une maladie. La société change. Son attachement à l’idée suisse demeure. Mais le catéchisme patriotique répandu par les partis finira par lasser. Les politiciens de droite, tôt ou tard, devront trouver autre chose pour convaincre leurs électeurs.
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