Francophonie? Was ist das? Toutes les rédactions suisses alémaniques ont connu le même débat: que faire avec le «machin» de Montreux? Toutes décidèrent d’un service minimal... et condescendant.
Le réseau francophone met mal à l’aise les germanophones qui ne disposent pas d’un tel réseau. D’où un brin de jalousie.
Le commentateur connu des Romands Beat Kappeler illustre bien cette attitude. Il reconnaît, dans Le Temps, n’avoir rien su de cette organisation avant ce sommet. Cela ne l’empêche pas de donner des leçons, avec une superbe arrogance, à ce club marqué selon lui d’un «byzantinisme onusien».
Les réserves alémaniques ne datent pas d’hier. La Suisse, de ce fait, est restée longtemps extérieure à cette institution, elle devint ensuite «observatrice» et enfin membre à part entière. Qu’elle en soit aujourd’hui un moteur ne plaît pas.
Pourquoi au juste? La crainte sempiternelle d’un hypothétique rapprochement de la Suisse romande avec la France est une explication. Ce n’est pas la seule. Le réseau francophone met mal à l’aise les germanophones qui ne disposent pas d’un tel réseau. D’où un brin de jalousie.
On oublie de rappeler au passage que des minisommets réunissent régulièrement trois pays, l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse. Ces rencontres ont perdu de leur intérêt depuis que les choses sérieuses se discutent au sein de l’Union européenne. Mais elles montrent que la langue crée des liens particuliers entre les Etats qui l’ont en partage.
Certes l’allemand n’a pas le rayonnement international de l’anglais et du français. Mais il tisse aussi des liens peu connus. Contrairement à ce qui se dit souvent, l’Allemagne fut bel et bien une puissance coloniale. Elle a laissé des traces dans tout l’Est européen. En Pologne, où elle fut chez elle pendant des siècles, en République tchèque, en Slovaquie, en Hongrie, en Roumanie, en Ukraine et jusqu’en Russie.
Dans tous ces pays, il subsiste des minorités germanophones ou du moins des héritages historiques marquants. Sans compter les traces encore vivantes qu’a laissées cette culture en Afrique, en Namibie, au Togo et au Cameroun, ou en Amérique du Sud: on trouve encore des villages au Paraguay où l’on pratique couramment l’allemand.
Il y a quelque chose de fascinant dans ces réminiscences du passé. La région de Königsberg, aujourd’hui Kaliningrad, a été allemande pendant cinq siècles. Staline l’a totalement russifiée. Et pourtant, aujourd’hui, la vieille ville se reconstruit sur le modèle ancien.
Sa faculté de «Germanistik» y est la plus importante de Russie. Il y paraît même un journal intitulé Königsberger Express! Les habitants de cette Prusse orientale chassés en 1945 et leurs descendants y reviennent en touristes. Quelques- uns pour de bon en y investissant.
Dans les Carpathes roumaines, il existe un parti «allemand», une presse, des traces visibles, dans l’architecture bien sûr, mais invisibles aussi: cette partie du pays est gérée, dit-on là-bas, avec plus de rigueur. Du coup les entreprises allemandes préfèrent s’y installer plutôt qu’ailleurs. Ce n’est pas par hasard que Lufthansa a ouvert une liaison Munich-Sibiu.
Grâce à un aéroport moderne dû à un maire très actif... d’origine allemande. En Pologne, à Wroclaw et Gdansk, aux noms séculaires de Breslau et Danzig, les jeunes générations se tournent presque autant vers la langue de Goethe que vers celle de Shakespeare. Pour des raisons de proximité, mais aussi parce que beaucoup osent, peu à peu, ouvrir les yeux sur les mélanges qui ont façonné ces territoires.
Pourquoi pas, un jour, un sommet germanophone? On voit trop bien pourquoi l’idée paraît saugrenue. L’Allemagne est, non sans raisons, traumatisée par son histoire. Elle ne veut rien faire qui puisse réveiller le souvenir de l’ambition territoriale du troisième Reich. Elle joue donc la discrétion.
Mais le temps passe. Et les racines, même malmenées, ont la vie dure. Il n’est pas exclu que dans l’avenir, les peuples qui gardent la mémoire des migrations allemandes quittent leurs peurs, dépassent les cauchemars, et redécouvrent les richesses culturelles de ce pan de leur histoire.
Si de tels rapprochements se produisent, la Suisse ne pourra que s’en louer. Parce qu’elle pourrait nouer ainsi de nouveaux liens. Et surtout parce que les nations feraient un pas vers une idée d’elles-mêmes moins axée sur la monoculture, ce poison qui les échauffe jusqu’au pire.
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