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L'Edito d'Alain Jeannet
Vertiges de l’histoire

Par Alain Jeannet - Mis en ligne le 23.03.2011 à 08:34

Kadhafi finira-t-il comme Ceausescu, exécuté? Les bombes coalisées feront-elles tomber le dictateur? Ou parviendra- t-il encore une fois à s’en tirer? Impossible de le dire aujourd’hui.

La crise libyenne comme la catastrophe de Fukushima sont de cruels révélateurs.

En revanche, on découvre au fil de ce printemps révolutionnaire une évidence nouvelle: contrairement à ce qu’on croyait jusqu’ici, la démocratie peut être soluble dans les sociétés arabo-musulmanes.

Le combat des jeunesses tunisienne et égyptienne, le courage des insurgés libyens témoignent d’une profonde aspiration à la liberté.

Autre impression de vertige, en ce début de 2011: la catastrophe au Japon renverse, elle aussi, les opinions publiques et les certitudes des experts.

Quoi qu’on dise, les risques résiduels de l’énergie atomique sont inacceptables. Et on se demande encore comment nous avions pu, ces dernières années, refouler les images du drame de Tchernobyl. La fin de l’âge du nucléaire a commencé.

Ces volte-face de l’Histoire sont spectaculaires. Dans les deux cas, le changement prendra du temps et des formes diverses. On le voit en comparant les situations tunisienne et libyenne: d’un côté, une révolution menée sans aide extérieure. De l’autre, une intervention militaire qui provoque déjà tensions et divisions.

Peut-on instaurer la démocratie à coups de missiles? (Lire le dossier de Julie Zaugg et Patrick Vallélian) La crise libyenne est de plus un cruel révélateur de l’incapacité des dirigeants de l’Union européenne à se concerter.

Et le signe de leur propension à rester fixés sur des impératifs de pure politique intérieure. On en apprend beaucoup sur la psychologie des maîtres du monde. L’attentisme indécis de Merkel. La grande prudence d’Obama. Les pulsions d’un Sarko champion de la diplomatie du perron. La duplicité de la Ligue arabe, qui reste largement un club de dictateurs.

Le drame de Fukushima doit lui aussi être remis en perspective, quel qu’en soit le dénouement final. On sait désormais qu’il faut sortir du nucléaire. Finis les mensonges qui entourent cette technologie depuis son avènement.

L’occasion est unique de mobiliser les intelligences et les volontés pour rendre cette transition la plus rapide possible. Même si le chemin s’annonce forcément semé de controverses et de dilemmes, comme le montre, par exemple, l’enquête de notre rédacteur Matthieu Ruf sur le potentiel hydroélectrique de la Suisse (lire notre article).

Nous voilà donc, en quelques semaines, contraints de jeter vieilles lunettes et paradigmes obsolètes. Les changements induits par le printemps arabe et l’hiver nucléaire nippon prendront plusieurs générations. Mais notre compréhension du monde en est d’ores et déjà bouleversée.




Tags: Edito, Alain Jeannet, Libye, Kadhafi, Japon, Fukushima,

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Réaction de francosuisse
le 25.03.2011 à 17:02
comparer les révolutions tunisienne et égyptienne avec ce qui se...
 



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