La proposition évoquée par le professeur Denis Duboule de transférer les universités cantonales à la Confédération interpelle à divers égards. Une «fédéralisation» des universités cantonales n’est en aucun cas une réponse aux éléments qu’il relève, lesquels par ailleurs portent essentiellement sur les sciences dites «dures». Enfin, sa proposition méconnaît l’évolution récente du paysage universitaire et tertiaire.
Les universités cantonales se sont transformées de manière spectaculaire ces dernières années. Que ce soit dans leur mode de gouvernance ou par les options stratégiques qu’elles adoptent, elles ont franchi un seuil qualitatif important. L’autonomie institutionnelle, faible par le passé, s’est érigée en principe fondamental guidant le développement des universités, en particulier pour celle de Lausanne, l’Unil. En contrepartie de cette autonomie, chaque canton concerné a instauré des liens nouveaux avec son université sous la forme de plans ou de conventions stratégiques. L’accord se fait sur des objectifs académiques et scientifiques à atteindre, puis liberté est laissée à la haute école pour déterminer ses propres chemins afin de les réaliser. Cette confiance mutuelle constitue le moteur des nouvelles relations entre les universités et leurs cantons.
Coupes budgétaires. L’Université de Lausanne (Unil) a fait le pari de se recentrer sur les sciences de l’Homme et du vivant en transférant ses trois Facultés de sciences à sa voisine l’EPFL ainsi que la pharmacie à Genève, dans le cadre du projet triangulaire. Une fois les transferts effectués les autorités cantonales l’ont dotée d’un cadre légal renforçant son autonomie. Résultat? L’Unil jouit aujourd’hui d’une réputation d’excellence aussi bien pour les recherches qu’elle mène que pour les formations qu’elle dispense. Ainsi, par exemple, sur trois étudiant-e-s qui commencent une formation de niveau master à l’Unil, un-e vient d’une autre université, suisse ou étrangère.
Ce succès, le canton y est pour beaucoup. Tout d’abord sur le plan des ressources. La contribution financière du canton de Vaud s’élève à près de 260 millions de francs par an. Elle dépasse celle que l’Unil reçoit de la Confédération, que ce soit pour les activités d’enseignement ou pour celles de recherche. Par ailleurs, le canton soutient de manière constante le développement du site universitaire, en termes d’infrastructure, afin de permettre à l’Unil la réalisation de ses options stratégiques (740 millions de francs investis à ce jour). Ainsi, l’ancrage cantonal des universités constitue à la fois une protection face aux évolutions des budgets alloués par la Confédération aux hautes écoles, en particulier lorsque des coupes budgétaires surviennent, de même que l’assurance pour elles de pouvoir déployer leurs potentiels.
L’ampleur des moyens consentis n’est possible que par la proximité entre la haute école et la collectivité qui la soutient. Les Vaudoises et les Vaudois sont fiers de leur université. Ils savent que leur canton dispose d’un outil scientifique de premier ordre à l’écoute aussi bien de leurs propres interrogations que de celles que posent les défis scientifiques d’une recherche désormais globalisée.
Plus d’autonomie. Placées sous une gouvernance partagée entre les cantons et la Confédération, les universités sont les garantes de la vitalité et de l’excellence du tertiaire dans notre pays. En revanche, transférer l’ensemble des hautes écoles sous la responsabilité complète de la Confédération prétériterait ce qui fait la force de notre système: la diversité des approches stratégiques, académiques et scientifiques, ainsi que des sources de financement. Ainsi, je pense que la proposition du professeur Denis Duboule, visant à uniformiser le système tertiaire n’est pas pertinente. Ce qu’il évoque doit être résolu par l’autonomie donnée à nos hautes écoles et par la mise en valeur de leurs complémentarités.?
ANNE-CATHERINE LYON
Née en avril 1963. Membre du Parti socialiste dès 2000, elle accède au Conseil d’Etat vaudois deux ans plus tard. Depuis, elle est à la tête du Département de la formation et de la jeunesse.
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