ÉCONOMIE & FINANCE
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

HOME > ÉCONOMIE & FINANCE >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

Rigueur en Grande-Bretagne
Victimes de la mode

Par Paul Krugman - Mis en ligne le 27.10.2010 à 14:09

Au printemps 2010, la rigueur fiscale est devenue une mode. J’utilise le terme en connaissance de cause: le soudain consensus des Gens Très Sérieux autour du fait que tout le monde devait équilibrer les budgets, là maintenant tout de suite, n’était basé sur aucune espèce d’analyse sérieuse. C’était plutôt une lubie, un truc que tout le monde prétendait croire parce que c’était ce que disaient les gens en vue.

Et c’est une mode qui est en train de passer ces derniers temps, à mesure que s’accumulent les preuves que les leçons du passé restent pertinentes, que chercher à équilibrer les budgets dans un contexte de chômage important et d’inflation en recul reste une idée vraiment mauvaise. Plus particulièrement, on a montré que la fée de la confiance n’était qu’un mythe.

L’idée que la réduction des déficits ferait en fait baisser le chômage car elle rassure les consommateurs et les entreprises est très répandue; mais de nombreuses études historiques, dont l’une du Fonds monétaire international, ont montré que cette affirmation n’avait aucun ancrage dans la réalité.

Aucun engouement de masse ne passe, néanmoins, sans laisser quelques victimes dans son sillage. Dans le cas présent, les victimes sont la population britannique, qui a la malchance d’être gouvernée par un gouvernement qui a pris ses fonctions au plus fort de l’engouement pour la rigueur, et qui ne veut pas admettre qu’il avait tort.

La Grande-Bretagne, comme les Etats-Unis, souffre des conséquences de la bulle immobilière et de la bulle de la dette. Ses problèmes sont aggravés par le fait que Londres est un centre financier international. La Grande-Bretagne a trop compté sur les profits des affaires pour soutenir son économie, et sur les impôts du secteur financier pour payer les politiques gouvernementales.

Cette trop grande confiance dans le secteur financier explique pourquoi la Grande-Bretagne, qui entra dans la crise avec une dette publique relativement faible, a vu son déficit budgétaire atteindre 11 pour cent du PIB – légèrement pire que le déficit américain. Et il est évident que la Grande-Bretagne devra un jour équilibrer ses comptes en réduisant les dépenses et en augmentant les impôts.

Or l’expression à retenir ici devrait être «un jour». La rigueur déprimera encore davantage l’économie, sauf à être compensée par une baisse des taux d’intérêt. Aujourd’hui, les taux d’intérêt en Grande-Bretagne comme aux Etats-Unis sont déjà très bas, avec peu de marge pour descendre davantage. La chose raisonnable serait alors de concevoir un plan pour mettre en ordre la fiscalité du pays, tout en attendant une solide reprise économique pour assener le coup de hache.

Mais la mode actuelle, presque par définition, n’est pas à la raison, et le Gouvernement britannique semble bien déterminé à ignorer les leçons de l’histoire.

Le nouveau budget britannique annoncé mercredi ainsi que la rhétorique qui accompagna cette annonce, auraient pu venir directement du bureau d’Andrew Mellon, le secrétaire au Trésor qui a dit au président Herbert Hoover de combattre la Dépression en mettant sur la paille les paysans, les ouvriers, et en baissant les salaires. Ou si vous préférez des précédents plus britanniques, il rappelle le budget Snowden de 1931, qui tenta de restaurer la confiance, mais finit par aggraver la crise économique. Le plan du Gouvernement britannique est audacieux, selon les experts. Certes. Mais il va audacieusement dans la mauvaise direction. Il réduirait l’emploi public de 490 000 fonctionnaires – l’équivalent de près de 3 millions de licenciements aux Etats-Unis – à un moment où le secteur privé n’est pas en position d’offrir une alternative. Il réduirait les dépenses à un moment où la demande privée n’est pas du tout prête à prendre le relais.

Pourquoi le Gouvernement britannique fait-il cela? La vraie raison est très liée à l’idéologie: les Tories se servent du déficit comme d’un prétexte pour dégonfler l’Etat providence. Mais la raison officielle est qu’il n’y a pas d’autre choix.

En effet, il y a eu un changement notable dans la rhétorique du gouvernement du premier ministre David Cameron ces dernières semaines – un glissement de l’espoir vers la crainte. Dans son discours présentant le budget, George Osborne, le chancelier de l’Echiquier, semble avoir renoncé à la fée de la confiance – c’està-dire, aux affirmations que le projet aurait des effets positifs sur l’emploi et la croissance.

Au contraire, tout le discours tournait autour de l’apocalypse qui menacerait si la Grande-Bretagne ne prenait pas ce chemin. Peu importe que la dette britannique, exprimée en pourcentage du revenu national, se situe en fait sous sa moyenne historique, peu importe que les taux d’intérêt britanniques soient restés faibles alors même que le déficit budgétaire explosait, reflétant la croyance des investisseurs que le pays pouvait contrôler ses finances et le ferait. La Grande-Bretagne, déclara Osborne, était «au bord de la faillite».

Que va-t-il se passer maintenant? Peutêtre que la Grande-Bretagne aura de la chance, et que quelque chose viendra sauver l’économie. Mais il est plus que probable que la Grande-Bretagne de 2011 ressemblera à celle de 1931, ou aux Etats-Unis de 1937, ou au Japon de 1997. C’està-dire, que l’austérité entraînera une nouvelle récession économique. Comme toujours, ceux qui refusent de tirer les leçons du passé sont condamnés à le reproduire.© NEW YORK TIMES


Profil

PAUL KRUGMAN

Né en 1953, professeur d’économie et d’affaires internationales à l’Université de Princeton, auteur d’une vingtaine de livres, Paul Krugman a obtenu le prix Nobel d’économie en 2008. Il est également chroniqueur dans les pages Opinion du New York Times depuis 1999.

 




Tags: Grande-Bretagne, Paul Krugmann,

Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page

Réaction de Jean-Francois Morf
le 19.02.2012 à 20:54
Dette totale GB: 9 PIB! 9 ans de vie...
 



Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.


ÉCONOMIE & FINANCE
Tamedia licencie 21 personnes en Suisse romande
Logo de Tamedia (archives) Keystone
Tamedia a annoncé à 21 de ses collaborateurs leur prochain licenciement. Le groupe qui édite notamment "La Tribune de Genève",...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Les "100 personnalités", édition 2012
Les
Pour la 8ème fois, L’Hebdo a présenté dans sa dernière édition, à l’occasion du Forum, sa séléction de "100 personnalités...
ÉCONOMIE & FINANCE
Bankia: le nouveau président défend l'équipe qui l'a précédé
La banque espagnole Bankia, a demandé un pr^et de 19 milliards d'euros (archives)  Keystone
Le nouveau président du groupe espagnol Bankia, Jose Ignacio Goirigolzarri, qui a sollicité vendredi une aide record de 19 milliards...
ÉCONOMIE & FINANCE
L'Espagne poussée au sauvetage public le plus cher de son histoire
Bankia a besoin de 19 milliards d'euros d'argent public (archives). Keystone
La situation est pire que prévue chez Bankia, quatrième banque espagnole, qui croule sous les actifs immobiliers risqués. Elle a...
ÉCONOMIE & FINANCE
Avions militaires: Pilatus signe avec l'Arabie Saoudite
Des Pilatus PC-7 en démonstration (archives) Keystone
Pilatus va fournir 55 avions d'entraînements à l'Arabie Saoudite. La firme a signé vendredi un contrat avec le groupe de...


ÉCONOMIE & FINANCE
 Projet pilote à Genève : éviter le chômage de jeunes diplômés
A 25 ans, son master en relations internationales de l’Institut des hautes études internationales et du développement en poche, Maya* part un...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Fortune privée : 1348 milliards de richesse
Stratosphérique. En 2007, la fortune des contribuables s’élevait à 1348 milliards de francs et quelques dizaines de millions. Un chiffre...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Olivier Collombin : les spécialistes de la finance vont travailler en réseau
 Thierry Parel
En Suisse, plus de 3000 gérants indépendants, dont 700 à Genève, se partagent près de 15% des actifs confiés à...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Finance : cap sur les actions
Convaincu du potentiel d’appréciation des actions, le responsable de l’investissement chez Swiss & Global Asset Management – Stefan Angele –...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Montres Passion : manifestations
ENCHÈRES. Vedette des ventes de Christie’s du 15 novembre, la Réf. 2523 de Patek Philippe de 1953, estimée entre 1,5 et 2,6 millions de francs
Outre les Journées du patrimoine du 6 novembre, déjà mentionnées ici (L’Hebdo du 7 octobre), les aficionados de l’art horloger...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Décryptages : gare à l’esprit des lois!
Nouvelles règles fiscales en préparation aux Etats-Unis, et application plus stricte par certains pays de réglementations déjà en vigueur, multiplient...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Montres Passion : de l’usage des mythes
IDENTITAIRE. Lancé en 2004 et premier chronographe mécanique de Victorinox Swiss Army, le ChronoPro (acier, 42 mm, fond saphir, mouvement Valjoux 7750) s’offre un nouveau look (compteur cerclé, index, aiguilles, lunette tachymètre et échelle des minutes sur le réhaut). 1895 francs.
Si, ici, à tort souvent, tant le rapport qualitéprix est l’un des meilleurs du marché, ils sont nombreux, moi le...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Taxation : l’argent de Google aux Bermudes
60% des échanges commerciaux mondiaux, selon l’OCDE, s’effectuent à l’intérieur d’un groupe plutôt qu’entre deux sociétés indépendantes. Nombreuses sont donc...