La chronique de Jacques Pilet
D’où vient et où va Romney?

Par Jacques Pilet - Mis en ligne le 29.08.2012 à 16:31

Comme tout un chacun, les chefs d’Etat sont marqués, dans leur perception du monde, par leurs jeunes années. Ils l’ont développée au fil de leur expérience. Mais le début de l’histoire compte.

Ainsi Angela Merkel se pose en maîtresse de l’Europe. Or ses discours la trahissent. Elle connaît ses voisins à travers des centaines de rencontres officielles. Mais la saveur multiple du continent, elle ne l’a pas au creux du ventre. Et pour cause: jusqu’à l’âge de 35 ans, elle n’a guère connu que l’Allemagne de l’Est. Ses vacances, elle les passait en Bulgarie. L’Italie, l’Espagne, la Grèce? Pour cette mathématicienne et fille de pasteur, ce sont des équations monétaires et des défis moraux. La France? Un partenaire peu commode, sûrement pas le souvenir d’un foie gras au fond du Périgord...

François Hollande? Il a travaillé dur à l’école, fait de nombreuses études, et décroche même, bon élève en tout, le grade de lieutenant-colonel. Entré jeune au palais, dans le sillage de François Mitterrand, il a développé une ouverture d’esprit et une capacité d’écoute qui ont fait son succès. Avec une lacune cependant: il n’a jamais travaillé dans le privé. L’industrie, le commerce, il connaît ces mondes à travers les syndicats, les patrons, mais sans avoir connu, même au passage, la condition d’employé, sans avoir côtoyé au quotidien les apprentis, les petits chefs, les maîtres sans diplôme. C’est une faiblesse perceptible dans son approche de l’économie.

Aucun profil n’est parfait. Aucun n’est figé. Le pouvoir transforme les hommes. Mais il est des parcours qui dessinent un programme politique. Tel celui de Mitt Romney.

Cet homme qui a des chances de devenir président des Etats-Unis a été nourri à deux mamelles: la religion et la fortune. Admirateur effréné de son père, gouverneur du Michigan qui rêva aussi de la Maison Blanche, il suivit ses traces, devint gouverneur du Massachusetts et réussit à décrocher l’investiture républicaine. Issu de cette riche famille, il fit comme papa et se lança dans les affaires avec acharnement et succès. Sa société d’investissements a sauvé... ou coulé des centaines d’entreprises.

Sa fortune serait aujourd’hui de 250 millions de dollars. Sans compter les fonds cachés dans les dédales de l’évasion fiscale du côté des îles Caïmans et de la Suisse. Talon d’Achille que ne manque pas de viser son rival démocrate. Pas de souci en revanche pour les banques: le candidat est familier de leur ménage depuis sa jeunesse. Celles-ci, UBS et Credit Suisse compris, ne s’y trompent pas: elles arrosent généreusement sa campagne.

Mais le fondement de cette personnalité est ailleurs. Dans son ancrage mormon.

Il a vécu, lors de son passage de deux ans en France, la dure condition de missionnaire. Convaincre les Bordelais de se détourner de l’alcool... quelle ambition! Prières matin et soir, porte-à-porte prosélyte, renoncement à tout plaisir... Aujourd’hui encore, «l’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours» délègue 50 000 jeunes gens à travers le monde. Avec des oeillères rigoureuses: journaux, télé et internet leur sont interdits. Seul compte le prêche. Cela marque.

Romney n’évoque guère ce passé qui déplaît à beaucoup d’Américains. Mais le candidat dit rester fidèle à ses convictions. Le Christ reviendra sur terre et jugera l’humanité. Cette «Eglise» entretient avec le judaïsme une relation étroite. Elle adhérait au sionisme dès la fin du XIXe siècle. «Il n’y a aucun peuple au monde qui comprend mieux les juifs que les mormons», affirmait David Ben Gourion, fondateur de l’Etat d’Israël.

On sait dès lors qu’un président Romney apporterait à cet Etat un appui total, inconditionnel, mystique. Ses propos désignent en filigrane deux phobies: l’islam et l’athéisme.

Ce n’est pas sur ce trait de sa personnalité que les Américains le jugeront. Mais savoir d’où vient cet homme fait entrevoir ce qui peut nous attendre.

Le monde devrait compter avec un obsédé de la piété à la tête de la grande puissance occidentale. Un de plus. Au moment où la quasi-totalité des pays musulmans mettent des islamistes au pouvoir. On peut craindre les affrontements ainsi promis autant que l’éventuel retour du Christ qui aura lieu, à en croire les mormons, soit à Jérusalem... soit dans le Missouri.

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