Grâce et Disgrâce
Vingt ans après la grève des femmes
Alors que le printemps arabe suscite des émules en Espagne et que l’on se demande quel sera le prochain pays contaminé par la colère et l’indignation, il faut se souvenir du dernier grand mouvement social que la Suisse a connu. C’était il y a vingt ans: le 14 juin 1991, un demi-million de femmes inventèrent une grève joyeuse et colorée pour réclamer la fin des inégalités salariales et une meilleure reconnaissance de leur statut.
Précarité économique, aspiration démocratique, dix ans après l’inscription de l’égalité des sexes dans la Constitution, les femmes se révoltaient face aux promesses non tenues. Il n’y avait alors, par exemple, aucune femme au Conseil fédéral.
Vingt ans après, l’écart salarial moyen entre les deux sexes reste scotché au-delà de 20%. Combien de temps encore faudra-t-il attendre pour édicter des mesures contraignantes? Le marché de l’emploi, l’éthique des chefs d’entreprises, l’engagement des collectivités publiques ne sont pas venus à bout de cette inégalité injustifiable. Le volontarisme n’est guère prisé chez nous. Pourtant, il est indéniable que la contrainte porte des fruits.
Dans la foulée de 1991, la pression a été maximale, véhémente, pour que plus de femmes soient élues en politique. Cette revendication obstinée est à l’origine de l’actuelle majorité féminine du Conseil fédéral. L’étape est d’autant plus notable que les quatre femmes du gouvernement viennent de prendre une décision historique, un de ces choix qui déterminent l’avenir, un pari audacieux mais fondateur. On n’arrive plus à se remémorer le dernier grand coup politique du même genre sorti du Palais fédéral.
Ce tournant n’aurait pas été possible sans l’arrivée de Doris Leuthard à la tête du DETEC. Si Simonetta Sommaruga avait succédé à Moritz Leuenberger, la démocrate-chrétienne n’aurait pas changé d’avis aussi facilement. La décision de sortie du nucléaire illustre ainsi le meilleur de la concordance: obliger chaque membre du gouvernement à assumer ses responsabilités, quelle qu’ait pu être son opinion initiale.
Avec un goût de l’action semblable, Simonetta Sommaruga empoigne d’une main ferme la problématique migratoire et vient déranger les populistes de l’UDC. Eux vocifèrent, elle propose des solutions. Au moment d’élire, cet automne, un nouveau Parlement, les Suissesses et les Suisses auront-ils à cœur de soutenir leurs quatre conseillères fédérales si courageuses? Ce n’est pas sûr, mais quelle allure face à l’histoire!
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