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Visions du Réel juxtapose les grands films témoignant des graves dysfonctionnements du monde et de ceux qui relèvent de la comédie humaine.
Oui. Cette année, Kafka au Congo est une comédie humaine extraordinaire. J’ai montré les premières minutes du film à notre sponsor, La Mobilière. Les assureurs ont bien ri. On est totalement dans la véracité documentaire. Quand Nicolas Wadimoff va à Gaza (Aisheen) ou quand Nino Kirtadze va en Georgie (Something about Georgia), ils témoignent de la souffrance humaine et en même temps rendent leur dignité aux victimes de la guerre. On ne filme pas sur les gens, mais avec les gens.
L’an dernier, c’est «L’encerclement – la démocratie dans les rets du néolibéralisme», de Richard Brouillette, un film de plus de trois heures piochant une matière économique ardue, qui a remporté le prix. Surpris?
Surpris et ravi. On avait choisi un film radical en compétition. Le jury l’a remarqué et estimé qu’il était important. C’est un vrai film de cinéma. Je crois au spectacle de l’intelligence.
En 2006, le Grand prix a été attribué à «Der Kick» d’Andres Veiel (Allemagne) qui raconte un fait divers réécrit et interprété par deux comédiens. Ce film est-il un bon exemple de cinéma du réel?
C’est un film magnifique, témoignant d’une forme d’accomplissement supérieur du cinéma du réel, au-delà de toutes frontières traditionnelles entre documentaire et fiction. Il y a d’abord un fait divers, des jeunes qui torturent leur copain à mort dans une région d’Allemagne marquée par le chômage. Le cinéaste se rend sur place, constate que les gens n’ont plus envie de parler. Alors il sublime l’affaire à travers une mise en scène qui joue la facticité totale: dans une usine désaffectée, deux comédiens, un homme et une femme, tiennent tous les rôles, sans distinction de sexes. Par cette artificialité même, on rejoint le cœur palpitant du réel.
Trois éléments vous passionnent: le travail, la pluie, la nuit...
C’est un peu une marotte… Trois choses sont difficiles à filmer: la pluie, la nuit et les animaux. Sans oublier les enfants. Le travail aussi est compliqué à montrer sans que ce soit illustratif. Ce qui est encore plus compliqué, c’est l’amour. On a régulièrement proposé des films où la question de l’amour est en jeu. Cette année, on va plus loin en montrant un film pornographique, fait par douze réalisatrices, chacune amenée à filmer son fantasme. C’est du hard qui déjoue l’attente porno masculine.
Votre expérience à la tête de Visions du Réel va-t-elle influencer votre future activité à la Haute Ecole d’art et de design, de Genève?
Pour moi, c’est vraiment un fonduenchaîné. D’ailleurs le département de cinéma va s’appeler département Cinéma Réel – ou département Réel Cinéma. J’entends poser de vraies questions sur ce que signifie aujourd’hui l’enseignement du cinéma. Je vais lancer des projets de recherche et articuler l’enseignement à une réflexion plus théorique. Et développer la visibilité de notre activité dans la cité, à travers des rencontres, des soirées publiques, des ateliers. On prépare déjà un gros colloque sur l’art contemporain, le cinéma et la politique pour l’automne 2011. Enfin, j’aimerais créer une sorte d’observatoire européen sur le développement des nouvelles voies de productions des images. Tout ceci est un prolongement naturel de Visions du Réel.
Visions du Réel. Nyon. Du je 15 au me 21. www.visionsdureel.ch
«LE DOCUMENTAIRE ME PARAÎT PLUS DYNAMIQUE, PLUS INVENTIF QUE LA FICTION.» Jean Perret
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