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Page n°6

À VOIR

Quelque 180 films de tous formats et venus des quatre coins du monde, répartis entre Compétition internationale, Fictions du réel, First Steps ou Helvétiques. A découvrir au Festival Visions du Réel, à Nyon, du 15 au 21 avril. www.visionsdureel.ch

«NÉNETTE», DE NICOLAS PHILIBERT (FRANCE)

Planète du singe

L’auteur d’Etre et avoir a planté sa caméra devant l’enclos de Nénette. Orang-outan femelle quadragénaire, la vieille guenon rousse est le personnage unique du film. Les humains sont relégués en voix off. Affalée, maussade, la Liz Taylor du Jardin des Plantes s’ennuie, cabotine, boude. Elle est moche et magnifique. Et ses yeux insondables reflètent quelque chose de l’immense humanité. «Un documentariste va filmer derrière les grimaces, derrière les simagrées auxquelles on est tenus. Avec Nénette on est derrière le masque», estime Jean Perret.

«KAFKA AU CONGO», DE MARLÈNE RABAUD ET ARNAUD ZAJTMAN (BELGIQUE)

Justice bananière

Depuis quinze ans, Gorette Mawazo met régulièrement ses beaux habits et descend en ville pour régler un conflit parcellaire. Spoliée de son lopin de terre, elle défend opiniâtrement sa cause devant des fonctionnaires et des magistrats prévariqués ou juste incompétents. Les cinéastes s’éloignent parfois de leur héroïne pour monter à l’étage supérieur et révéler d’autres formes de corruption et d’impéritie. Cette tragicomédie touche Jean Perret par son humanité: «Il y a une intelligence du récit entre cette petite dame et les appareils au-dessus d’elle. Les cinéastes filment simplement et avec beaucoup de respect l’individu pris dans un système global. Ce n’est jamais démonstratif, juste passionnant».

«SOMETHING ABOUT GEORGIA», DE NINO KIRTADZE (FRANCE)

Pendant la guerre

Comédienne, ancienne journaliste, elle a remporté le grand prix à Nyon pour Un dragon dans les eaux pures du Caucase. En août 2008, Nino Kirtadze se trouve en Géorgie pendant le conflit avec les Russes sur l’Ossétie du Sud. Seule avec sa caméra, elle montre à travers les bombardements sur Tbilissi la terrible violence de la guerre, et s’élève à la dimension symbolique en surprenant des visages de femmes aux fenêtres, les yeux levés vers le ciel, telles les icônes d’une population qui a peur. Elle est aussi admise dans l’intimité de Mikheil Saakashvili, président de la Géorgie, et filme à bout portant l’exercice du pouvoir. Pour Jean Perret, c’est un «film extraordinaire, extrêmement complexe qui a un pied dans le réel, dans la violence des événements, et l’autre dans la méditation, la réflexion sur le pouvoir».

«AISHEEN (STILL ALIVE IN GAZA)», DE NICOLAS WADIMOFF AV EC BÉATRICE GUELPA (SUISSE)

Après la guerre

Le 27 décembre 2008, Israël lançait l’opération Plomb durci sur la bande de Gaza, tuant 1400 Palestiniens – dont 300 enfants. Le cinéaste et la journaliste genevois ont pris le temps de retourner sur place. Leur film témoigne des ravages physiques et psychologiques de l’offensive, mais aussi de la vie qui reprend ses droits comme les fleurs poussent sur les décombres: les orphelins n’ont pas perdu le goût de jouer. L’angoisse obsidionale n’empêche pas l’humour et les touches poétiques tels le fantôme du train fantôme ou les ossements d’une baleine échouée (tuée par un missile israélien) que des jeunes ont récupérés et qu’ils disposent sur le sol pour recomposer le squelette du Léviathan. Des images qui nous hantent et raffermissent un sentiment de fraternité universelle.

«L’INTÉRIEUR DU DELTA», DE SYLVAIN L’ESPÉRANCE (CANADA )

Un long fleuve intranquille

Pêcheur, ça eut payé, mais ça paie plus. C’est comme fabricant de pirogues. Dans le delta du Niger, deux vieux amis, fatalistes, évoquent la dureté de leur condition. Le niveau du fleuve baisse, le poisson se raréfie, la piste automobile remplace le «chemin de la pirogue». Ce film contemplatif convie à un voyage réel et imaginaire sur les méandres du delta, saisissant les gestes séculaires et la fatigue existentielle des pêcheurs. Un orage terrible éclate. Des éclairs zèbrent les ténèbres, la pluie noie la terre. «C’est la plus belle nuit d’orage de tout le festival», s’enthousiasme Jean Perret.
 
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Tags: Jean Perret, festival Visions du Réel,

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