Pauvre Hans-Rudolf Merz, rien ne lui aura été épargné. Kadhafi, Sarkozy, l’Italie et maintenant Angela Merkel... On aimerait voir notre ministre des Finances taper sur la table, reprendre l’initiative. On attendra en vain. Il lui manque le flair et la force d’un négociateur de choc, une vision politique large et la carrure d’un leader. Comme conseiller fédéral, il aura été un homme du passé avant même d’avoir vraiment existé. Voilà pourquoi il devrait tirer sa révérence. Sans tarder. Dans l’intérêt du pays, mais aussi dans celui de son parti.
Cette opinion est désormais largement partagée, même chez ses amis politiques. Le problème, c’est que les libéraux-radicaux ne voient pas très bien qui pourrait avantageusement le remplacer. Et l’on cherchera longtemps dans les travées du Parlement ou dans les gouvernements cantonaux la politicienne ou le politicien alémaniques parfaitement taillés pour le poste. Alors qui?
Le candidat idéal existe. Il s’appelle Philipp Hildebrand, il est le patron de la Banque nationale et le coauteur du plan de sauvetage d’UBS. Pour lui, la Suisse a un rôle à faire valoir comme pionnier de la stabilisation du système financier international: augmentation des fonds propres, mise en faillite et redimensionnement des géants too big to fail, limitations des rémunérations excessives... Des idées qu’il a fait passer malgré le lobbying ou les pressions brutales des deux grandes banques et qui sont aujourd’hui partiellement reprises par l’Association suisse des banquiers. Il est aussi l’un des inspirateurs du plan Obama (lire l’interview de Patrick Odier en page 32).
Né à Berne, Philipp Hildebrand a passé sa prime jeunesse à Zurich avant de partir avec ses parents aux Etats-Unis. Jusqu’à l’université, il mène de front ses études et une carrière de nageur de compétition. Il rate de peu son ticket pour les JO de 1984. Cet as de la finance a aussi suivi une formation en science politique des Hautes Etudes internationales de Genève et décroché un doctorat à Oxford. Pas étonnant, dès lors, qu’il s’exprime parfaitement en allemand, en français et en anglais. Dans les enceintes internationales, comme la semaine passée au World Economic Forum, son impressionnant carnet d’adresses et sa prestance font merveille. Un sacré atout pour une Suisse isolée.
Evidemment, même s’il connaît les arcanes de la politique bernoise, il n’est pas membre du sérail fédéral. Proche des libéraux-radicaux, il ne s’est jamais présenté à une élection populaire. Il a pour lui ses compétences, immenses, une belle personnalité, un réseau impressionnant et la clarté de ses convictions. Mais pourrait-il compter sur l’appui de l’appareil?
Elire un outsider, voilà qui constituerait une première salutaire pour la politique helvétique. Une sorte de big-bang. Notre gouvernement, qui n’a sans doute jamais été aussi faible dans toute son histoire, doit aller chercher les talents là où ils se trouvent. Avant qu’il ne soit trop tard.
Le patron de la Banque nationale serait le candidat idéal pour remplacer Hans-Rudolf Merz.
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