RÉGULATION Les Etats-Unis vont désormais plus loin que l’Europe. Mais de nombreuses règles restent à édicter. PAULINE BEAUDEMONT
Wall Street, la paperasse et la nature humaine
Par Matthieu Ruf - Mis en ligne le 18.08.2010 à 21:10
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RÉFORME. Il y a un mois, Barack Obama paraphait la plus importante loi de révision du système financier depuis les années 30. A Wall Street, banquiers, traders et avocats se confient sur leur mal de tête, l’inéluctabilité des crises et Joe le plombier.
Les deux hommes sont distants d’à peine une douzaine d’étages de verre et d’acier, mais tout, en apparence, semble les séparer. L’un, Timothy Ryan, est CEO du lobby financier Sifma, une des plus importantes associations faîtières de la «capitale financière du monde» autoproclamée, New York.
Dans sa salle de conférences privée donnant sur le chantier du World Trade Center, il répond de manière évasive aux questions du journaliste. L’autre, Rod McFarlin, est un homme édenté qui distribue, à l’entrée de Wall Street, des tracts abscons pour une association qui compare Barack Obama à Adolf Hitler – photomontages à l’appui. Pourtant, tous les deux parlent, en des langues irréconciliables, de la même chose. D’un tas de papier: la plus grande réforme du système financier américain depuis la Grande Dépression.
Un opus d’à peine 2300 pages concocté par des parlementaires démocrates et des fonctionnaires, remis en page pour être trois fois moins épais et finalement entré en vigueur grâce à la signature souriante de Barack Obama, le 21 juillet dernier.
«SI NOS BUREAUX À L’ÉTRANGER NE SONT PAS CONCERNÉS PAR LA LOI, ON Y TRAITERA LES ACTIVITÉS INTERDITES ICI.»
Pendant des années, la dérégulation bancaire n’a été guère plus qu’un concept abstrait pour l’immense majorité de la population américaine. A Wall Street, les Golden boys brassaient des millions sans que cela ne semble avoir de lien avec la vie réelle.
Jusqu’à ce que l’éclatement de la bulle immobilière en 2007 n’entraîne saisies de maisons, dettes irrécupérables, effondrement des prêts aux particuliers comme aux entreprises, sauvetages étatiques d’institutions financières, flambée du chômage.
La finance s’est rappelée au bon souvenir des citoyens et des politiques; banquiers, traders et leur appât du gain ont été tenus pour responsables. Une simili lutte des classes du XXIe siècle était lancée dans la bouche même du président des Etats-Unis: «Wall Street» devait rendre des comptes à «Main Street», traduction: aux gens normaux. Les autorités, qui n’ont rien vu ou voulu voir venir, se devaient donc d’agir pour qu’une telle crise ne se reproduise plus.
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