ACTUALITÉ
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

HOME > ACTUALITÉ >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

Watchmen, la part d'ombre des superhéros américains.

Par Antoine Duplan - Mis en ligne le 05.03.2009 à 06:00

La prodigieuse uchronie d’Alan Moore, sommet inégalé du roman graphique, accède finalement au cinéma sous la direction du réalisateur de «300». Exercice réussi.

Alan Moore est le prince noir des scénaristes de bande dessinée, mais il ne brille jamais au fronton des salles obscures. S’estimant à juste titre trahi par les films tirés de ses œuvres, l’Anglais ténébreux exige que son nom ne figure pas à l’écran. Vu les tambouilles qu’ont inspirées La ligue des gentlemen extraordinaires ou From Hell, il n’a pas tort. En revanche, V for Vendetta mérite le détour. Quant à son chef-d’œuvre, The Watchmen (Les gardiens), le «Citizen Kane du roman graphique», il se tire honorablement de l’épreuve de l’adaptation.

L’action se situe dans une Amérique parallèle. On est en 1985, sous le cinquième mandat présidentiel de Nixon et il est moins cinq sur l’horloge de la fin du monde. La situation en Afghanistan a dégénéré, le conflit nucléaire avec l’URSS semble inéluctable. Seuls les Watchmen, c’est-à-dire les justiciers masqués, hors-la-loi depuis 1977, pourraient arrêter la mécanique fatidique.

Il y a le Comédien, baroudeur brutal et cynique, le bras armé de l’Amérique républicaine. L’autre justicier «stratégiquement utile», c’est Dr. Manhattan, le seul à être doté de superpouvoirs: bombardé par un canon à particules au cours d’une expérience, ce physicien n’est plus qu’énergie. Arme ultime des Etats-Unis, l’homme quantique se détache de l’humanité, qui ne l’intéresse pas plus que la structure d’un flocon de neige.
 
Sauver l’humanité. Rohrschach, un sociopathe obsédé par la pureté, mène en solitaire sa croisade, le visage dissimulé sous un masque fantomatique aux taches mouvantes. Le Hibou est un avatar de Batman, créature nocturne dépressive, et Laurie, alias le Spectre Soyeux, l’alibi érotique indispensable aux pulps. Enfin, Ozymandias, athlète et capitaine d’industrie, rêve de sauver l’humanité et médite la terrible sommation de Shelley: «Contemplez mon œuvre, ô puissants, et désespérez! »

Entrés en retraite ou en clandestinité, les Watchmen sont impliqués dans un complot à l’échelle mondiale. Au prix d’un sacrifice, l’humanité est miraculeusement sauvée. Mais il n’y a pas de miracle, rappelle Dr. Manhattan, qui a pénétré les secrets du principe de causalité, car «il a toujours été trop tard».

Les six volumes des Watchmen constituent une œuvre d’une richesse et d’une intelligence supérieures. Subvertissant le concept de superhéros cher à la mythologie américaine, Alan Moore mène une réflexion brillante sur le pouvoir, l’histoire des Etats-Unis, le bien et le mal, le déterminisme, la volonté de puissance. Cette uchronie d’une extraordinaire complexité structurelle et symbolique attire le cinéma depuis vingt ans – même Terry Gilliam a été pressenti. Pour finir, c’est Zack Snyder qui s’est attelé à l’impossible projet. Contre toute attente, l’auteur de l’ineffable 300 s’en tire bien. Certes, il a fallu élaguer, supprimer des récits dans le récit, comme les extraits de la biographie d’un superhéros, les histoires de pirates ou les articles haineux du New Frontiersman, torchon facho. Sinon, le réalisateur reste très fidèle à l’intrigue et même aux cadrages virtuoses du dessinateur Dave Gibbons, car, sous sa forme imprimée, The Watchmen s’avère éminemment cinématographique.
 
Les temps changent. Hormis Ozymandias, un peu falot, les personnages, incarnés par des comédiens inconnus, ne manquent pas de substance – mention pour la voix étrangement douce de Dr. Manhattan. Bande-son irréprochable: le petit prophète Bob Dylan rappelle que les temps vont changer, son disciple Jimi Hendrix entonne ce couplet apocryphe de l’apocalypse qu’est All Along the Watchtower, Leonard Cohen lance un vibrant Allelujah lorsque le Hibou recouvre sa virilité...

Les fans regrettent qu’à l’intrusion psychotentaculaire du livre le film ait préféré de banales explosions et se demandent si les non-initiés surnagent dans ces cent cinquante-cinq minutes d’une densité exceptionnelle. Et l’on ressent une sombre terreur en se rendant compte que le monde paranoïaque et dangereux imaginé par Alan Moore en 1987 n’a guère changé. La plaie afghane suppure encore, les armes nucléaires prolifèrent. Il est aujourd’hui moins cinq sur le Doomsday Clock... Et l’antique question posée par Juvénal résonne toujours, sinistre: «Qui garde les gardiens?»

De Zack Snyder. Avec Malin Akerman, Billy Crudup, Matthew Goode, Jackie Earle Haley. Etats-Unis, 2 h 35.




Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page




Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.


ACTUALITÉ
Vague de froid: nouveau week-end sibérien - amélioration en vue
Promeneurs sur le lac de Thoune Keystone
La Suisse a enregistré des températures glaciales pour le troisième week-end consécutif. Dans la nuit de samedi à dimanche, le...


ACTUALITÉ
 Edito. Le sens du Monopoly.
Edito. Le sens du Monopoly.
Disons-le d’emblée: la reprise du groupe Edipresse par Tamedia est une bonne nouvelle. Dans le scénario le plus noir, on...
ACTUALITÉ
 Une fondation grugée par madoff
La liste des victimes de ce qu’on nomme déjà «l’escroquerie du siècle» et qui aurait même pu être celle du...
ACTUALITÉ
 Le trust anglais est un modèle.
Avocat aux barreaux de Genève et Bruxelles, Christophe Rapin jette un regard particulièrement lucide sur les relations entre la Suisse...
ACTUALITÉ
 Sébastien Guex: Le secret bancaire, c'est du provisoire qui dure.
Sébastien Guex: Le secret bancaire, c'est du provisoire qui dure.
Ala place financière suisse et à ses petits secrets, voilà plus de quinze ans que l’historien Sébastien Guex s’y intéresse....
ACTUALITÉ
 La lutte pour le pouvoir divise Banques et patrons.
La lutte pour le pouvoir divise Banques et patrons.
Depuis quelques mois, la réputation des banquiers est devenue exécrable. Surtout celle de leurs hauts responsables. Les uns ont pris...
ACTUALITÉ
 Patrick Odier: Il nous faut une politique industrielle.
Patrick Odier: Il nous faut une politique industrielle.
La place financière suisse est prise dans une tempête sans fin. Et pourtant Patrick Odier, banquier et vice-président d’economiesuisse, semble...
ACTUALITÉ
 Tamedia s'offre Edipresse Suisse. Les dessous d'un rachat.
L''ESSENTIEL EN TROIS POINTS NAISSANCE D''UN GEANT Faute de successeur, Pierre Lamunière, patron d’Edipresse, a vendu les activités suisses d’Edipresse au...
ACTUALITÉ
 Un autre monde est possible.
«Mes parents étaient venus à Gary (Etat de l’Indiana), car c’était la ville de toutes les opportunités. Je suis allé...
ACTUALITÉ
 Une pilule pour ne pas grossir.
«Malgré un régime très riche en graisses, les souris traitées n’ont pas pris un gramme, se réjouit le professeur Johan...
ACTUALITÉ
 Noires, religieuses et prostituées.
— Qui sont vos clients?— J’ai seulement deux ou trois hommes. En fait trois. Deux Blancs et un Noir. —...
123