On pourrait croire à un nouvel argument publicitaire. Ce sont pourtant des nutritionnistes patentés qui le disent. Et qui publient de surcroît leurs conclusions dans la très réputée revue médicale britannique The Lancet. Selon eux, le régime Weight Watchers ferait perdre deux fois plus de kilos superflus que les visites régulières chez un médecin traitant.
Compter les points. Ces scientifiques britanniques, allemands et australiens ont en effet recruté dans leurs pays respectifs des volontaires adultes obèses ou en surpoids –au total, près de huit cents personnes ont répondu à l’appel – qu’ils ont répartis en deux groupes.
Les premiers suivaient un «traitement standard»: ils consultaient une fois par mois un professionnel de la santé qui leur donnait des conseils nutritionnels. Les autres bénéficiaient, gratuitement, du programme Weight Watchers, associant un régime hypocalorique basé sur un système de points et la participation à des groupes de soutien. Au bout de douze mois, la perte moyenne a été de 6,7 kg dans le groupe ayant suivi la méthode commerciale, soit le double de celle constatée dans le groupe standard (3,3 kg).
Cette caution scientifique est au fond une prime au bon sens. Elle ne surprend d’ailleurs pas Yves Schutz, professeur de physiologie et de nutrition à l’Université de Lausanne (Unil). «Le programme de Weight Watchers est fondé sur une alimentation équilibrée, en accord avec les recommandations actuelles des nutritionnistes.»
Quant aux groupes de soutien, ils constituent «une dynamique de groupe dont l’utilité est aujourd’hui reconnue». Le professeur, qui est aussi conseiller médical de l’entreprise pour laquelle il suit la littérature spécialisée, constate que l’étude britannico-germano-australienne confirme une enquête réalisée par la Société suisse de nutrition. Après avoir analysé vingt-cinq régimes, celle-ci avait classé ce programme à points parmi «les deux ou trois meilleurs».
«Parmi les régimes proposés sur le marché, celui proposé par Weight Watchers est le moins mauvais», estime lui aussi Roger Batalla. Mais le diététicien à l’Espace prévention de Lausanne ne le qualifie pas pour autant de bon, car «il n’apprend pas aux gens à écouter leur corps. C’est une intellectualisation: on compte les points et l’on fait avec.»
Reste que les recherches publiées dans The Lancet ont été financées par le principal intéressé, ce qui jette la suspicion du conflit d’intérêt. La coordinatrice de l’étude, Susan Jebb, du Centre de recherche pour la nutrition humaine à Cambridge, en est consciente. «Nous avons cherché à réduire ce risque à toutes les étapes de notre travail. C’est nous qui avons fixé le protocole de l’étude, qui avons récolté les résultats et qui avons rédigé notre article, sans aucune intervention de Weight Watchers», souligne la chercheuse britannique.
«C’est une étude très sérieuse», confirme Yves Schutz, qui considère qu’elle a été faite dans les règles de l’art. Le professeur de physiologie souligne toutefois un de ses biais: le régime commercial a été comparé au traitement standard, c’est-à-dire à des visites régulières chez des généralistes ou des infirmières. «S’il avait été comparé à une prise en charge par des professionnels de la santé ayant reçu une formation dans le traitement de l’obésité, je parie que la différence entre les pertes de poids observées auraient été plus faibles.»
A vie. Quoi qu’il en soit, au bout de douze mois, le régime Weight Watchers donne de bons résultats. Mais ensuite? «Tant que l’on se trouve dans le cadre “maternant” du programme, cela marche. Mais lorsqu’on arrête, que se passe-t-il?» s’interroge Roger Batalla qui rappelle que «perdre du poids n’est pas très difficile; ce qui l’est, c’est de ne pas en reprendre.» Sur ce point, tout le monde est d’accord. Tout régime, Weight Watchers compris, doit être suivi «à vie», souligne Yves Schutz, car dès que l’on relâche la bride, les kilos reviennent au galop.
Tags: Weight Watchers, obésité, régime,
|