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Zone Euro
Werner de Bondt : "Les européens sont toujours pessimistes"

Par Linda Bourget - Mis en ligne le 27.07.2011 à 10:10

Rationnels, les investisseurs? Pas pour un sou, selon l’économiste belge. En témoigne leur comportement dans le cadre de la crise actuelle.

Un épais paquet de 158 milliards d’euros, soit 183 milliards de francs. C’est ce que l’Union européenne, le Fonds monétaire international (FMI) et les créanciers privés de l’Etat grec ont mis sur la table jeudi 21 juillet, à Bruxelles, pour sauver une Grèce toujours étranglée par sa dette. Un deuxième plan de sauvetage destiné à «calmer les marchés» qui craignaient une fois de plus un défaut de paiement.

«TOUT LE MONDE CHERCHE À DEVINER LE NIVEAU DE COMPRÉHENSION DES AUTRES.» Werner De Bondt

C’est que les agents de la finance sont influençables, versatiles, capricieux. Et pas rationnels pour un sou, selon Werner de Bondt, fossoyeur déclaré de l’Homo oeconomicus.

Professeur aux Universités DePaul (Chicago) et de Neuchâtel, ce spécialiste de la finance comportementale et de la psychologie des marchés analyse à travers ce prisme la crise qui secoue la zone euro. Une manière de mettre sur le divan la masse de particuliers, d’institutionnels et de privés qui constituent ce que l’on appelle «les investisseurs» et «les marchés».

Que pensez-vous de la manière dont les marchés ont accueilli le deuxième plan de sauvetage de la Grèce?

L’euro est remonté et les intérêts sur les obligations grecques sont redescendus, signe d’un accueil favorable. Ce n’est pas surprenant: la déclaration finale insiste sur l’importance de la solidarité entre pays de la zone euro qui promettent de soutenir les engagements grecs.

Cela génère de la confiance car tous ceux qui ont prêté de l’argent à la Grèce aiment entendre qu’ils ont, d’une certaine manière, prêté à toute l’Europe.

Depuis le premier plan (mai 2010, ndlr), des doutes étaient apparus quant à la volonté de la zone euro de soutenir la Grèce. Avec les décisions prises jeudi, l’Europe montre que l’intégration continue de progresser, ce qui est cohérent et rassurant.

Il a fallu 110 milliards d’euros pour calmer les marchés il y a quatorze mois, 158 milliards cette fois. Combien de temps avant de devoir ressortir des centaines de milliards pour apaiser les investisseurs à propos d’un pays dont l’économie ne pèse que 2,5% de la zone euro?

Nous n’en savons rien... Depuis le début de la crise en 2007, le soutien gouvernemental à l’industrie financière mondiale a atteint des niveaux incroyables – jusqu’à 14 000 milliards de dollars, selon certaines estimations!

Malgré cela, la crise est loin d’être terminée. C’est qu’il ne faut pas se focaliser sur les montants: l’implication sincère des Etats est plus déterminante pour les investisseurs.

Les déclarations de politiciens – de la chancelière allemande Angela Merkel en particulier – sont donc seules à pouvoir calmer les marchés?

En tout cas en partie. A Bruxelles, les politiques sont intervenus dans l’économie, rappelant ainsi que les gouvernements sont les ultimes gestionnaires du risque, ce qui a apaisé les investisseurs.

Mais en réalité, tous les pays du monde ont besoin de capitaux privés pour lever de l’argent. Les politiques doivent donc eux aussi être crédibles aux yeux des investisseurs. Cela reflète la relation symbiotique qui lie capitalisme et démocratie. Les perdants du capitalisme sont protégés par la démocratie incarnée par l’Etat providence.

En jouant ce rôle, celui-ci légitime le comportement capitaliste. A l’inverse, le capitalisme rend la démocratie possible puisque, grâce à lui, les gens ne dépendent pas à 100% du gouvernement. Ils se légitiment l’un l’autre; même si en ce moment, la confiance réciproque est en partie rompue.

Que faire pour rétablir cette confiance?

L’idéal serait de fournir à l’économie des stimuli à court terme, en pouvant garantir que ceux-ci sont sensés sur le long terme. Mais c’est un équilibre très difficile à trouver…

En attendant, nous savons que l’un des facteurs importants de la confiance est le sentiment d’irréversibilité d’une situation. Créer de nouvelles institutions, écrire de nouvelles lois (comme le Dodd-Frank Act aux Etats-Unis, ndlr) permettent ainsi de cultiver ce sentiment.

Les problèmes grecs se sont propagés jusqu’à l’Italie, qui a récemment perdu la confiance des investisseurs. Les fondamentaux d’un pays, tels que la vigueur de son industrie ou le taux de chômage, sont-ils moins importants que les facteurs émotionnels?

Fondamentalement, la zone euro est en bonne santé – en particulier par rapport aux Etats-Unis – malgré les problèmes d’endettement de la Grèce. Mais les marchés oscillent entre l’euphorie et l’hystérie.

En particulier parce que le sujet est maintenu au centre de l’attention par les agences de notation ainsi que par la presse financière – emprunte d’euroscepticisme – et que la diversité européenne est méconnue. Du point de vue d’un investisseur américain, quelle est la différence entre le Portugal, l’Espagne, la Grèce ou l’Italie?

C’est pour cela qu’il faudrait une agence de notation européenne, qui connaîtrait mieux ce dont elle parle (les trois grandes agences sont américaines, ndlr).

Il est surprenant que ces investisseurs, si proches des Etats-Unis, leur accordent davantage de confiance, alors que la situation y est objectivement plus inquiétante...

Il y a là une importante composante historique et culturelle: alors que les Européens sont toujours pessimistes, les Américains sont d’éternels optimistes. Pensez à l’image du consommateur américain tout-puissant, qui continue d’acheter, de manière confiante, quoi qu’il arrive!

Cela tient en partie au poids de l’histoire. L’Europe a récemment connu des épisodes terribles, qui traînent encore dans la psyché des nations. Alors qu’aux Etats-Unis, l’histoire récente est celle d’une conquête.

D’un côté ou de l’autre de l’océan, pourquoi les investisseurs sont-ils si peu rationnels?

Les économistes présupposent que les individus se comportent comme des mathématiciens: ils feraient ce qui est juste lorsqu’ils prennent une décision. Mais les psychologues ont montré que les gens font simplement du mieux qu’ils peuvent. Il y a donc des déviations systématiques entre les actes et la rationalité.

Par ailleurs, un investisseur ne peut pas se soucier que des fondamentaux. Il doit aussi se concentrer sur ce que pensent ses homologues (lorsque la masse vend un titre, celui-ci perd de la valeur et il est risqué de le conserver, ndlr).

Tout le monde cherche dès lors à deviner le niveau de compréhension des autres. Il s’agit de jauger l’état du marché autant que celui de l’économie. C’est ce qui explique l’effet boule de neige si fréquent dans les crises.

En ce moment, de quoi les marchés ont-ils si peur?

Certains craignent tout simplement l’effondrement de l’euro, tel qu’il est régulièrement annoncé par le Financial Times ou le Wall Street Journal.

Une peur enracinée dans un contexte de forte incertitude: toutes les vieilles théories économiques comme le keynésianisme ou le monétarisme sont mises en doute. Les théoriciens et les politiciens sont contraints d’improviser.


Profil

Werner de Bondt

Né en 1954, l’économiste belge effectue sa carrière académique entre l’Europe (Louvain, Neuchâtel, Zurich, Luxembourg) et les Etats-Unis (Chicago, New York, Wisconsin). Le professeur est l’un des pères fondateurs de la finance comportementale qui interroge, entre autres, les limites de la rationalité, la surévaluation de l’impact de l’information ou la perception biaisée du risque.




Tags: Werner de Bondt, zone euro,

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Réaction de Jean-Francois Morf
le 03.08.2011 à 10:45
Mais d'où sortent-ils tous ces milliards? En décembre 2010, l'union...
 
Réaction de dup
le 02.08.2011 à 16:48
cet article c'est de l'humour Belge http://jovanovic.com/blog.htm



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