Une fois de plus, on s’achemine vers un drame à rebondissements. A peine les résultats des élections fédérales sont-ils connus qu’on échafaude les scénarios du 14 décembre. Les socialistes n’auront pas trop de peine à imposer un de leurs candidats à la succession de Micheline Calmy-Rey. En revanche, les conseillers fédéraux Johann Schneider-Ammann, Didier Burkhalter et Eveline Widmer-Schlumpf sont sur la sellette.
Dans l’interview qu’elle nous a accordée le 24 octobre, la cheffe du Département des finances paraît pourtant sereine. Elle appelle de ses vœux la création d’un centre fort, qui collabore sur les grands thèmes de l’heure. Mais c’est sa réélection elle-même qui apparaît comme le premier test de ce nouveau centre renforcé, sorti des urnes le week-end passé (lire en page 22).
A ceux qui évoquent la concordance mathématique pour réclamer un siège UDC supplémentaire et le départ d’Eveline Widmer-Schlumpf, il faut répondre que la Grisonne a fait ses preuves. Qu’elle s’est révélée l’un des membres les plus solides du gouvernement. En particulier aux finances, où elle a succédé au gaffeur Hans-Rudolf Merz. Il serait absurde de la renvoyer.
Un siège radical, alors? Johann Schneider-Ammann apparaît comme le plus menacé. Il est vrai qu’il n’a pas brillé jusqu’ici par ses idées et la clarté de sa communication. Le PLR lui-même, s’il n’a pas essuyé une défaite électorale aussi cinglante que celle anticipée, n’a pas non plus atteint les objectifs fixés par son président.
Le déclin se poursuit. Et l’on en viendrait presque à souhaiter au grand vieux parti qu’il perde l’un de ses représentants au gouvernement. Une sorte de choc thérapeutique qui le sortirait de sa torpeur programmatique et le forcerait aussi à régler au plus vite le casus Pelli.
Ce ne serait sans doute pas l’entier de la solution: on sait qu’il ne suffit pas de toucher le fond pour forcément rebondir. Et, tant qu’à faire, il vaut mieux avoir au Conseil fédéral un radical un peu mou et désorienté plutôt qu’un UDC qui, systématiquement, jouera un double jeu. Celui d’un parti à la fois au gouvernement et dans l’opposition.
A part la stricte concordance, on voit mal, au final, ce qui milite en faveur d’un siège UDC supplémentaire. D’abord parce que, en 2007, Eveline Widmeœuchlumpf a été élue comme membre du parti agrarien. Et que, si la situation actuelle peut apparaître comme une anomalie, ce sont les blochériens euxmêmes qui en portent l’entière responsabilité. Un sacré autogoal cette décision de l’excommunier brutalement suite à son élection.
Plus important: cette formation manque de personnalités capables d’occuper le poste. Son étatmajor est d’ailleurs à la recherche d’un candidat compétent et qui pourrait aussi faire croire à la normalisation du parti, parce que moins profilé qu’un Caspar Baader, par exemple. Sans succès jusqu’ici. A supposer d’ailleurs que la perle rare existe, il faudrait être bien naïf pour penser que l’UDC est vraiment prête à changer.
Le 14 décembre, le Parlement doit résister au chantage et aux invectives blochériennes. Et, pour le bien du pays, réélire les deux radicaux et Eveline Widmeœuchlumpf, qui sera aussi présidente de la Confédération en 2012. Une bonne présidente! Au diable la pure arithmétique et les tentatives d’intimidation.
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