Quand le film démarre, il n’y a rien encore. Sur l’écran, des silhouettes convergent vers le terrain du festival. Et soudain, un bourdon électronique se fait entendre, croît en intensité, tandis que des voix dirigent les spectateurs. Enfin, l’électricité prend toute la place, guitares samplées, vibrantes.
Sur la toile, c’est le Woodstock de Michael Wadleigh que l’on projette, documentaire sorti en 1970. Sur la scène, ce sont les Young Gods qui s’affairent, rhabillent l’œuvre et l’histoire de leur musique. Entre chansons d’origine (des Who à Santana) et dérives surprenantes, le groupe fribourgeois réactualise Woodstock, dépoussière à sa façon quarante années de culte utopiste et nostalgique, jusqu’à le déconstruire. Et offre une dernière célébration en cette année de quarantième anniversaire du festival.
De Hendrix au Cantique suisse. Créé en 2005 à l’occasion de la Fête de la musique de Genève, ce projet s’écarte des habituelles projections sonorisées, évitant les pièges du mickeymousing - la courbe de musique qui épouserait le mouvement des images - comme ceux de l’hommage mimétique à la bande-son originelle. A la place, Franz Treichler et ses comparses impriment leur patte à l’ensemble, y glissant un de leurs titres personnels (Gasoline Man) ou s’embarquant dans des passages plus atmosphériques, hypnotiques et magnétiques.
Mieux, les Young Gods réécrivent l’histoire, reprenant le cérémoniel The End des Doors - groupe qui n’était pas à Woodstock - samplant la guitare de Hendrix pour en tirer une relecture du Cantique suisse dans l’esprit de son fameux hymne américain. Et pour rester dans l’esprit communautaire du festival, ils invitent la jodleuse Erika Stucky à les rejoindre par intermèdes, et elle insuffle sa personnalité et un brin de folie supplémentaire à l’ensemble.
Pris dans ce déluge audiovisuel, le spectateur entre en transe à son tour, frappé par les décibels tandis que son regard s’offre un étrange numéro de yoyo: tout en haut le film, en dessous le groupe à l’œuvre. Un effet qui pourrait bien s’accentuer encore à l’occasion de la prestation des Young Gods à Fri-Son. En première partie de la soirée, la salle fribourgeoise accueillera Richie Havens himself, celui-là même qui avait donné le coup d’envoi de Woodstock. Peutêtre que ce 6 décembre à Fribourg, le bluesman américain aujourd’hui âgé de 66 ans voudra refaire l’histoire, rejoignant les Young Gods pour interpréter Freedom en ouverture du spectacle. Dans le même temps qu’apparaîtra sur l’écran son propre visage, quarante ans plus tôt, faisant face aux dizaines de milliers de festivaliers venus à Woodstock.
Fribourg. Fri-Son. Di 6, 19 h. www.fri-son.ch
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