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Woody Allen en chantant

Mis en ligne le 06.02.1997 à 00:00

L'Hebdo; 1997-02-06

Woody Allen en chantant «Tout le monde dit: I love you». De Woody Allen

Tout en restant fidèle à une série de thèmes, tels la crise du couple, l'échec existentiel et sentimental ou la psychanalyse, l'univers de Woody Allen ne cesse d'évoluer, de se diversifier, puisant à des sources inopinées, comme l'expressionnisme allemand («Ombres et brouillards»), l'énigme policière («Manhattan Murder Mystery») ou le film noir («Bullets over Broadway») les éléments susceptibles de le renouveler. L'année passée, «Maudite Aphrodite» recourait au choeur grec et se terminait en chants et danses. Logiquement «Tout le monde dit: I love you» permet à Woody Allen de réaliser un vieux rêve: à 61 ans, il tourne sa première comédie musicale, ce genre tombé en désuétude qui enchantait son enfance.

Certes, on est loin des ballets pharaoniques chorégraphiés par la MGM avant-guerre. D'ailleurs la narratrice annonce spontanément la couleur: «On n'a rien à voir avec la famille d'une comédie musicale. On a du pognon.» Les comédiens, informés seulement sur le plateau qu'ils auraient à pousser la note, ne sont pas chanteurs. Leur imperfection vocale, et le plus mauvais est sans conteste le réalisateur lui-même, contribue au charme doux-amer d'un film dont le leitmotiv est une complainte («J'en ai fini avec l'amour, on ne m'y reprendra») que reprennent à tour de rôle les personnages. L'ironie vient de ce décalage perpétuel avec les conventions du genre: il n'y a pas que les amoureux qui chantent, mais les médecins et les patients de l'hôpital, les bijoutiers, voire le grand-père qui se relève de son cercueil pour un numéro de claquettes philosophiques pendant lequel il rappelle que «L'heure c'est l'heure» et qu'en attendant, il ne faut pas trop se soucier du cholestérol. Et au cours du pas de deux final sur les bords de la Seine, Woody Allen pousse le romantisme jusqu'à l'absurde lorsqu'il fait pirouetter Goldie Hawn dans l'air et qu'elle vole comme la fée Clochette...

Il n'y a pas vraiment d'intrigue. Au gré de trois villes romantiques (New York, Paris, Venise), Woody Allen narre les saisons du coeur au sein d'une famille new-yorkaise pétrie de principes démocratiques. Mais dans cet univers champagne, léger comme un air de Cole Porter ou d'Irving Berlin, il introduit quelques bulles surprenantes, comme un concert de rap, des considérations politiques ou un truand grossier (Tim Roth) qu'on dirait échappé de chez Tarantino.

Ce goût pour la dissonance, ainsi que le rappel d'anciens thèmes tragiques, comme la fissure dans le mur du psychiatre apparue dans le très bergmanien «Another Woman» ou l'esprit burlesque des Marx Brothers sauvant du naufrage ontologique le héros de «Hannah et ses soeurs», font de «Tout le monde...» la somme des 26 films précédents et mettent une touche d'amertume dans la confiture de rose.

Antoine Duplan

Avec Woody Allen, Goldie Hawn, Alan Alda, Julia Roberts, Tim Roth, Drew Barrymore. Etats-Unis, 1 h 41.

A Venise, Joe Berlin (Woody Allen), écrivain malheureux en amour, entreprend de séduire la belle Von (Julia Roberts)





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