Il n’y a pas si longtemps, elles étaient deux espoirs féminins de la Coupole fédérale. De promesses, elles se sont vite muées en locomotives électorales et abordent maintenant la pénultième étape – avant, un jour, le Conseil fédéral? – de la carrière politique: l’élection au Conseil des Etats.
«LES ÉNERGIES RENOUVELABLES NE SUFFISENT PAS À NOUS APPROVISIONNER.» Christa Markwalder, candidate PLR bernoise au Conseil des Etats
Ursula Wyss, 38 ans, essaiera le 13 février de conserver en mains socialistes le siège laissé vacant par Simonetta Sommaruga.
Face à elle, Christa Markwalder, 35 ans, tentera de rétablir l’histoire bourgeoise du canton de Berne en ramenant le siège dans l’antique giron libéral-radical.
Ce sont deux femmes bulldozers certes, mais ambivalentes, que le PS et le PLR ont lancées dans cette élection complémentaire.
Fortes têtes, elles se singularisent par un cheminement de traverse, éloigné des préoccupations de leur parti. L’une comme l’autre ont fait de l’environnement un thème phare.
A la Commission sur l’environnement, Ursula Wyss (formée en écologie) suit une ligne verte convaincue. Alors que Christa Markwalder préside le Groupe parlementaire sur les énergies renouvelables et celui de Green Cross, avec une approche plutôt consensuelle.
Les deux conseillères nationales sortent d’une année chahutée: Ursula Wyss ne se reconnaît nullement dans le nouveau programme socialiste sur le dépassement du capitalisme, qu’elle qualifie de «vocabulaire du XIXe siècle». I
dem pour Christa Markwalder, ambassadrice de la cause européenne (elle préside le Nomes, Nouveau mouvement européen suisse), à laquelle le PLR a renoncé à Herisau.
Malgré (ou grâce à) cette étiquette de rebelles, les trentenaires pèsent lourd. Germanophones à l’aise en français, elles ont chacune enregistré à leur réélection en 2007 le meilleur score pour leur camp.
Le double de Sommaruga. A la présidence du groupe socialiste, Ursula Wyss jouit d’une belle visibilité. Sa pugnacité lui joue des tours: militante du contre-projet à l’expulsion des criminels étrangers, elle a persisté contre l’avis du parti et essuyé une débâcle. Son entêtement a ébranlé son poste de cheffe de groupe.
Pour le Conseil des Etats, où règne la modération, la socialiste a adouci son profil. Elle compte bénéficier de l’aura de Simonetta Sommaruga qui a, en 2003, décroché le tout premier siège de sénateur socialiste bernois grâce à sa popularité personnelle.
Ensemble sur une affiche, les deux socialistes jouent la similitude, voire l’interchangeabilité: même tailleur informe, même maquillage discret, même sourire retenu.
La retenue, c’est le talon d’Achille d’Ursula Wyss. Docteur en économie, elle ne parvient pas à contrebalancer une certaine rigidité par sa maîtrise des dossiers pourtant reconnue.
Une discrétion naturelle couplée à l’envie de protéger sa vie privée – sans doute due à sa relation de couple avec le secrétaire général du PS suisse Thomas Christen – en font un personnage plus insaisissable que ses concurrents.
Moins ancienne au National – sept ans, contre onze pour Wyss – Christa Markwalder ne peut pas tabler sur une renommée nationale. Mais en elle, le secrétaire général du PLR Stefan Brupbacher voit une des meilleures combattantes. «C’est une vraie libérale, qui était en première ligne sur la réforme de l’AI, du chômage ou du 2e pilier.»
Battante, elle l’est. Sa fougue et son approche décomplexée des questions de société – elle milite pour la dépénalisation du cannabis – en ont fait une élue visible et appréciée.
A cela s’ajoutent ses talents de musicienne et de sportive – elle joue du violoncelle à l’orchestre de Burgdorf et s’est illustrée comme meilleure skieuse à la course des parlementaires suisses et britanniques début janvier, qu’elle organise. Ces atouts conquièrent au-delà du PLR, indispensable car le parti ne compte que 10% des électeurs à Berne.
Par contre, Christa Markwalder risque de pâtir du calendrier: le 13 février, les Bernois se prononcent simultanément sur la construction d’une centrale nucléaire à Mühleberg.
La libérale- radicale soutient le projet, qu’elle justifie par une écologie réaliste. «Les énergies renouvelables ne suffisent pas à nous approvisionner: en construisant nous-mêmes une centrale, nous pouvons assurer sa sécurité et éviter de dépendre des importations de l’étranger», assure-telle.
Or, les Bernois (ville) ont montré leur scepticisme le 28 novembre, en votant la sortie du nucléaire d’ici à 2039. Markwalder verra s’échapper une partie des indécis vers Wyss, opposée à Mühleberg, mais très impliquée dans l’initiative Cleantech.
Voie pour le Clooney UDC. La similarité de profil entre les deux rivales – jeunes, femmes, pragmatiques, écologistes, prœuropéennes – pave la route du géant qui se dresse face à elles deux.
Adrian Amstutz, le populaire George Clooney de l’UDC, a retourné le schisme widmer-schlumpfien à son avantage. Il profite du départ au Parti bourgeois démocrate (PBD) du deuxième sénateur – Werner Luginbühl – élu pour l’UDC en 2007. Amstutz revendique le droit à un nouveau siège UDC et pourrait évacuer Christa Markwalder au premier tour, affaiblie par la dissolution des voix de droite.
Ce scénario fait frémir tout le centre. Car outre l’éviction du PLR, il mènerait par ricochet à celle de Luginbühl aux élections fédérales d’octobre, les Bernois pouvant difficilement rester représentés par un UDC, et un PBD.
C’est pourquoi le PBD invite ses électeurs à voter Markwalder, mais certains d’entre eux (16% de PBD à Berne) se reconnaîtront davantage en Adrian Amstutz.
La lutte fratricide à droite ouvrirait la porte au retour d’Ursula Wyss en octobre. La socialiste confirme qu’elle saisirait cette seconde chance, alors que Christa Markwalder mise tout sur le 13 février et préférera se retirer si les électeurs ne veulent pas d’elle maintenant.
A vrai dire, les Bernois – surtout les indécis et les PBD – détermineront en février déjà le duo final: Markwalder-Luginbühl tout de suite ou Amstutz-Wyss pour octobre prochain.
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