«Tip-top». C’est ainsi que Hans-Rudolf Merz décrit son état de santé. «Je me déplace exactement comme avant l’opération, a confié le conseiller fédéral à la SonntagsZeitung. L’un de mes employés m’a fait remarquer que je montais de nouveau les marches deux par deux. C’est bien la preuve.» Cet enthousiasme en a surpris plus d’un. Il y a un mois, ils étaient rares à Berne à croire sincèrement au retour de Hans-Rudolf Merz.
A peine six semaines après avoir subi un infarctus doublé d’un quintuple pontage, le ministre des Finances regagne le Palais fédéral avec un programme très chargé: sauvetage de l’UBS, réforme de la TVA, révision de l’imposition des entreprises. Il a même dû se préparer à l’éventualité d’un remplacement de son collègue Samuel Schmid. L’année prochaine, avec la charge supplémentaire liée à la présidence de la Confédération, s’annonce plus stressante encore. Pourra-t-il assumer? Hans-Rudolf Merz en est certain.
«Généralement, un pontage améliore de beaucoup la qualité de vie des patients», explique le professeur Ludwig von Segesser, chirurgien cardiovasculaire au CHUV et président de la Fondation suisse de cardiologie. Avant l’intervention, les gens peuvent ressentir des douleurs ou avoir des problèmes de souffle. Le pontage consiste à contourner les artères coronaires bouchées à l’aide de petites veines qui améliorent la circulation du sang dans le cœur. Grâce à cette opération, la respiration s’améliore. «La personne a plus d’endurance et d’énergie», conclut le professeur.
Hans-Rudolf Merz est loin d’être une exception. Un double pontage subi en 1999 n’a pas freiné la carrière de Bernie Ecclestone, grand argentier de la formule 1. L’entraîneur de football Guy Roux, opéré en 2001, revenait sur le banc de touche de l’AJ Auxerre soixante jours après l’intervention. «De mon lit d’hôpital, je dictais mes ordres aux joueurs», raconte-t-il (lire ci-contre). L’acteur Gérard Depardieu a surmonté avec succès l’épreuve d’un quintuple pontage en 2003. Quant à Bill Clinton, ancien président américain, il s’est très vite remis d’un quadruple pontage en 2004. Plus de 2500 pontés par an. La population suisse a aussi son lot de pontés. En 2006, 2532 personnes ont subi cette opération, d’après l’Office fédéral de la statistique. Par exemple, ce Lausannois âgé de 77 ans est reconnaissant d’avoir pu bénéficier d’un quadruple pontage. «Depuis mon opération, en 2001, je ne me suis jamais senti aussi bien que maintenant, affirme-t-il. J’ai retrouvé une bonne mobilité, je fais souvent de l’entraînement dans une salle de sport.» Pour ne pas troubler son entourage, il préfère ne pas donner son nom. «D’ordinaire, quelqu’un qui a subi une opération lourde est diminué, affaibli. Ce n’est pas mon cas. Je ne veux pas passer pour une bête curieuse aux yeux des gens», précise-t-il.
Pour autant, le pontage n’a rien d’une solution miracle. Même si le taux d’échec n’est que de 1 à 2%, la convalescence n’est pas si simple. La raison? Le comportement des patients. Roger Weber est médecin-chef de la Clinique Le Noirmont, centre de réadaptation cardiovasculaire situé dans le Jura. «L’opération en elle-même n’est pas un obstacle pour retrouver une vie normale. Ce qui compte, c’est le reste. La condition physique, le régime alimentaire, le poids, le stress, l’activité professionnelle…» D’où l’importance d’une rééducation postopératoire.
Ainsi, la plupart des pontés sont contraints de modifier leurs habitudes pour vivre plus sainement. Pierre-Alexandre Joye est un ancien journaliste de L’Hebdo. Après un quintuple pontage, en 2003, il se remet au travail. «Mais très vite, j’en ai eu marre, confie-t-il. Dans ce métier, les horaires sont très irréguliers, le stress fait partie du quotidien. J’ai dû changer de perspective.» Il est désormais chargé de communication à la Loterie romande. «C’est un poste assez intense. Ma capacité de travail n’a pas diminué, pourvu qu’elle ne soit pas sollicitée trop longtemps. Un gros projet pour trois semaines, ça va. Pour trois mois, c’est plus difficile.»
Etre raisonnable. Arrêter de fumer, se mettre au sport, surveiller son poids, prendre ses médicaments. En théorie, c’est ce que devraient faire les personnes ayant subi un pontage. Mais, même pour les plus raisonnables qui respectent ces règles à la lettre, rien n’est joué. Roland Tendeiro était chauffeur de poids lourds à La Chaux-de-Fonds. En 1995, il est victime d’un premier infarctus.
Après un double pontage et cinq mois de repos, il retourne au travail. Mais, la même année, il subit un deuxième infarctus. Puis un troisième, en 1998. Le Chaux-de-Fonnier avait pourtant modifié son alimentation, s’était mis à la gymnastique et à la marche, ne travaillait plus qu’à 50%. Et cela n’a pas suffi. «C’est à cause de l’hérédité. Mon grand-père et ma grand-mère sont morts de problè mes de cœur», explique-t-il. Aujourd’hui à l’AI, il se prépare à l’idée de subir une nouvelle opération à cœur ouvert.
Comme dans l’histoire de Roland, certains facteurs médicaux entrent donc en ligne de compte. Les médecins sont catégoriques: si le patient a une partie du cœur nécrosée par l’infarctus, il aura moins d’aisance respiratoire. Par ailleurs, «si le pontage est effectué avec une veine de la jambe, il sera moins solide que si le chirurgien a utilisé une veine mammaire, située dans le thorax», ajoute le professeur Ludwig von Segesser.
C’est d’ailleurs le cas de Hans-Rudolf Merz. Mais ce détail n’assombrit pas forcément les chances du ministre des Finances, bien suivi par ses médecins. En plus, le conseiller fédéral semble avoir une forme époustouflante. «Je ne fume plus depuis quarante ans. Je ne me couche pas tard. Je me bouge régulièrement. Et je porte la même taille de costume qu’à mes 20 ans.»
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Guy Roux
«Deux mois après l’opération, j’étais sur le banc de touche» 23 novembre 2001. Guy Roux, entraîneur mythique de l’AJ Auxerre, ressent de fortes douleurs dans la poitrine. Immédiatement, il se rend aux urgences. Le verdict est rapide: une de ses artères du cœur est bouchée. «A ce moment-là, j’ai pris conscience que je n’étais pas loin de la mort, dit-il. Et cela m’embêtait, car je ne voulais pas partir avant mon père.» Une équipe de médecins est réquisitionnée. S’ensuit l’opération, un double pontage coronarien, effectué dans un établissement parisien de bonne renommée. «Cette intervention m’a sauvé la vie. J’ai été rattrapé de justesse», commente Guy Roux, à l’époque âgé de 63 ans.
A son réveil, il reste environ quatorze jours à l’hôpital, puis rejoint pour quelque temps un centre de rééducation situé près de Nantes. «Mais j’avais ma petite idée pour me remettre en forme», précise-t-il. Il quitte donc l’institution pour la Corse, où il bénéficie d’une réadaptation personnalisée. Marche, course, natation… Un programme qui lui permet de reprendre très vite ses activités. Car Guy Roux est un hyperactif. «Déjà, de mon lit d’hôpital, je dictais mes ordres aux joueurs. Un mois après le pontage, j’ai repris l’entraînement. Deux mois après l’opération, j’étais sur le banc de touche pour un match contre Montpellier. La saison suivante, nous avons gagné la Coupe de France.» Visiblement, la convalescence de Guy Roux a été de courte durée. «En fait, j’ai très vite oublié mon opération. Bien sûr, je prends toujours mes médicaments, je vais chez le cardiologue deux fois par an.
Mais, pour le reste, rien n’a changé.» Ou presque. Depuis 2005, Guy Roux n’est plus entraîneur. Mais, à son actif, il compte 60 000 kilomètres en voiture par an, un voyage en avion par semaine, des commentaires de matchs sur Canal+ et Europe 1 ainsi qu’un gros contrat publicitaire avec l’eau de source Cristaline. A 70 ans, le Français ne vit pas au ralenti. Peur d’un autre accident cardiaque? «Pas du tout. Ce que je crains, ce sont les maladies comme le cancer. Mais pas des problèmes de cœur. Non, vraiment.» |
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Thomas Burgener
«Le pontage m’a rendu beaucoup plus philosophe» Deux ans avant Hans-Rudolf Merz, le conseiller d’Etat valaisan a été victime d’un accident cardiaque. «C’était en avril 2006, explique-t-il. J’ai fait un petit infarctus qui m’a conduit tout droit sur la table d’opération, pour y subir un double pontage des coronaires. J’avais 52 ans. Ma vie ne tenait qu’à un fil.» Parmi les causes de sa mésaventure, Thomas Burgener cite la cigarette, le manque de sport et, surtout, le stress. «Dans mon métier, on est toujours à droite et à gauche. On ne mange jamais chaud à midi. On enchaîne les réunions, les commissions parlementaires. Je ne me plains pas, mais il faut dire que, en politique, l’hygiène de vie n’est pas bonne.»
C’est pourquoi après l’opération, le conseiller socialiste décide d’être plus prudent. Pendant deux mois, il travaille à 50% pour avoir le temps de récupérer. Consulte une diététicienne pour surveiller son régime alimentaire. «Un croissant au beurre, c’est la moitié de mes besoins en matières grasses pour une journée!», précise-t-il, concerné. Il se met aussi au vélo, qu’il pratique plusieurs fois par semaine. Et, surtout, il arrête de fumer. «Aujourd’hui, je me sens vraiment très bien. Ces nouvelles habitudes m’aident à supporter le stress du travail et le rythme de vie un peu bancal d’un conseiller d’Etat.»
Mais le pontage a marqué Thomas Burgener. Sur son torse, une cicatrice de 25 centimètres lui rappelle quotidiennement son opération. «Sans cette intervention, je serais déjà au cimetière. C’est sûr que tout cela m’a changé.» A 54 ans, il vient donc de décider d’arrêter sa carrière politique, sur les conseils de son médecin. «Je ne me représenterai pas aux cantonales d’avril 2009. Depuis mon accident, je relativise beaucoup les choses. Le pontage m’a rendu beaucoup plus philosophe. La vie valaisanne continuera sans moi!» Pour sa reconversion, il pense à reprendre son premier métier d’avocat ou trouver un poste dans une organisation sanitaire et sociale. Rien n’est encore décidé.
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