Tous sont d’accord ou à peu près d’accord sur le plan de sauvetage de l’UBS. Pourtant, jamais on ne s’est traité d’autant de noms d’oiseaux que ces dernier jours. L’atmosphère est délétère au sein de l’élite helvétique.
Dans une interview accordée au magazine Bilanz, Sergio Marchionne, le vice-président du conseil d’administration de l’UBS, a ainsi admis que, s’il n’avait pas fallu trouver un président du conseil dans l’urgence, jamais Peter Kurer n’aurait figuré sur la liste des papables. En clair: dans des circonstances normales, Peter Kurer n’aurait pas présenté les qualités nécessaires pour être porté à la tête de l’UBS.
Effarée par ces déclarations, la ministre des Finances ad interim Eveline Widmer-Schlumpf a sèchement répondu à Sergio Marchionne: «C’est incompréhensible et inapproprié, au moment où nous (l’Etat et ses 68 milliards, ndlr) faisons tout pour rétablir la confiance.»
La conseillère fédérale n’a toutefois pas toujours pris la défense de Peter Kurer. Quelques jours auparavant, elle l’avait même forcé à présenter ses excuses. Le crime? Devant une caméra de la DRS, le nouveau président de l’UBS n’avait pas exclu que certains de ses banquiers touchent un bonus supérieur à 10 millions de francs en 2008, avant de revenir sur ses propos à la suite du tollé suscité par cette déclaration.
Depuis, Peter Kurer a lui aussi enfreint la règle tacite qui veut que, entre top managers, on ne critique pas un collègue ou un ancien collègue. Acculé, il a reconnu dans divers médias les excès de son prédécesseur à la présidence de l’UBS, Marcel Ospel. Allant jusqu’à suggérer avec insistance que ce dernier rende les bonus exorbitants qu’il a touchés.
Même à economiesuisse. Les politiques sont tout aussi échauffés. Le président du Parti socialiste, Christan Levrat, s’en est pris aux autres partis, à cause de l’argent qu’ils ont reçu de l’UBS. Cela n’empêche pas les présidents de ces partis de se défouler: l’UDC Toni Brunner s’en prend à Peter Spuhler, ancien membre du conseil de l’UBS et conseiller national UDC (de l’aile centriste); quant au radical Fulvio Pelli, il sermonne Marcel Ospel et le patron de Novartis, Daniel Vasella. Ce dernier (proche du PDC) répond que toute cette discussion autour des bonus n’est que «populisme».
Les esprits s’échauffent même au saint des saints du patronat helvétique. Johann Schneider-Ammann, vice-président d’economiesuisse et conseiller national radical, a depuis longtemps dit tout le mal qu’il pense de Marcel Ospel et des banquiers de son espèce. Et Gerold Bührer, le gentleman-président de l’organisation patronale, a récemment déclaré qu’il était prêt à répéter ces reproches droit dans les yeux de l’ancien trésorier d’economiesuisse (Marcel Ospel)... Tout le monde engueule tout le monde et le cirque n’est pas prêt de s’arrêter. En fait, le seul qui ne critique personne est Marcel Ospel. Il serait trop occupé à acheter un appartement à Wollerau (SZ). Pour 14 millions de francs.
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